Monde
Hongrie. La bataille des rues avant la bataille des urnes

À six mois d’élections législatives cruciales, le pouvoir et l’opposition mobilisent leurs partisans dans des manifestations concurrentes, sur fond de repositionnement diplomatique.
La scène politique hongroise connaît jeudi une double mobilisation, avec des cortèges distincts rassemblant d’un côté les soutiens du Premier ministre Viktor Orbán, de l’autre ceux de l’opposition menée par Péter Magyar. Ces manifestations interviennent à l’approche de scrutins parlementaires qui s’annoncent particulièrement serrés, dans un contexte où le chef du gouvernement, en poste depuis 2010, cherche à consolider sa base électorale en vue d’un cinquième mandat consécutif.
Le rassemblement gouvernemental, qualifié de « marche pour la paix » selon une terminologie établie bien avant le conflit ukrainien, empruntera le trajet traditionnel entre un parc de la capitale et le Parlement, où le dirigeant nationaliste prononcera son allocution. Cette démonstration de force survient au moment où la diplomatie hongroise connaît des développements notables, après l’évoction récente d’un possible sommet entre les présidents américain et russe à Budapest.
Face à cette manifestation, l’opposant conservateur Péter Magyar organise sa propre marche, qui convergera vers la place des Héros. Son mouvement Tisza, qui caracole en tête des intentions de vote dans la majorité des enquêtes d’opinion, a bâti sa popularité sur un discours mettant en cause les pratiques de corruption au sein des institutions. La tenue de ces deux rassemblements le jour de la fête nationale, commémorant l’insurrection de 1956 contre la domination soviétique, revêt une dimension symbolique particulière.
L’annonce potentielle d’un sommet international à Budapest avait temporairement redonné de l’élan à M. Orbán, dont la position consistant à préserver les relations avec Moscou tout en maintenant l’appartenance du pays à l’OTAN et à l’Union européenne continue de recueillir un écho au-delà de son électorat traditionnel. Cette approche, présentée comme modératrice, contraste avec le durcissement récent du ton de l’opposition concernant la Russie, même si cette dernière a dû saluer l’initiative diplomatique tout en soulignant la nécessité d’inclure l’Ukraine dans toute négociation.
Le report sine die des discussions entre Washington et Moscou, intervenu après que le département américain du Trésor eut annoncé de nouvelles sanctions contre des entreprises pétrolières russes, n’a pas entamé la volonté affichée par le gouvernement hongrois de se positionner comme acteur des relations internationales. Le ministre des Affaires étrangères a pour sa part dénoncé ce qu’il qualifie de sabotage des perspectives de dialogue par ce qu’il nomme « l’élite politique pro-guerre ».

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