Économie
Haydarpaşa, la fin d’une époque ferroviaire à Istanbul


Le joyau historique du Bosphore, témoin silencieux de plus d’un siècle d’histoire turque, s’apprête à vivre une métamorphose controversée qui cristallise les passions et les mémoires.
L’emblématique gare d’Haydarpaşa, située sur la rive asiatique d’Istanbul, se prépare à tourner une page décisive de son histoire séculaire. Ce monument néoclassique inauguré en 1908, qui servait autrefois de porte d’entrée vers l’Anatolie et le Moyen-Orient, voit son destin ferroviaire s’achever au profit d’une reconversion en centre culturel.
Pendant des décennies, ce bâtiment majestueux aux escaliers de marbre a accueilli des générations de voyageurs, depuis les passagers du Taurus Express jusqu’aux migrants venus chercher fortune dans la métropole stambouliote. Son hall vibrait alors de l’agitation des départs et des arrivées, constituant un carrefour vital dans la vie économique et sociale du pays.
Le ministère de la Culture a désormais pris le contrôle des lieux après leur fermeture en 2013, initialement justifiée par des travaux de restauration. Les fouilles archéologiques menées sur le site ont mis au jour des vestiges remontant au Ve siècle avant notre ère, complexifiant davantage le projet de transformation.
Cette mutation programmée suscite une opposition vigoureuse de la part d’anciens employés, d’universitaires et de citoyens attachés à la vocation originelle des lieux. Ils dénoncent une opération immobilière déguisée qui sacrifierait la mémoire collective sur l’autel du profit, malgré les assurances gouvernementales concernant l’absence d’hôtel ou de centre commercial.
Les défenseurs du patrimoine ferroviaire organisent chaque semaine des rassemblements pour exiger le maintien des activités ferroviaires, arguant que la valeur symbolique de la gare dépasse largement sa simple fonction architecturale. Pour eux, Haydarpaşa incarne une part essentielle de l’identité stambouliote et doit continuer à vivre comme un lieu de passage et de rencontres.
Les experts soulignent que la préservation de l’âme des lieux nécessite une approche holistique qui intègre l’ensemble du complexe historique, incluant les ateliers techniques et les logements du personnel. La transformation envisagée risque selon eux de créer un lieu aseptisé, dépourvu de la vitalité qui faisait son caractère exceptionnel.
Cette mutation s’inscrit dans un débat plus large sur la conservation du patrimoine industriel et ferroviaire face aux pressions urbaines et aux mutations économiques. Le cas d’Haydarpaşa illustre les tensions entre modernisation urbaine et préservation mémorielle dans une métropole en perpétuelle transformation.





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