Monde
Gaza: un Aïd al-Adha morne sous les décombres et la flambée des prix
Pour la troisième année d’affilée, les Gazaouis célèbrent l’Aïd al-Adha dans la désolation, le cessez-le-feu n’ayant ni enrayé la hausse vertigineuse des prix ni apaisé les tensions quotidiennes.
Les festivités de l’Aïd al-Adha, qui ont débuté mardi soir, se déroulent sans la ferveur d’antan. Nadia Abou Shamala, une Palestinienne de 40 ans originaire du nord de la bande de Gaza et déplacée depuis plus de deux ans à Deir el-Balah, confie son désarroi. Elle se rend au marché sans pouvoir acheter, le cœur lourd devant des tarifs devenus inaccessibles pour satisfaire les besoins les plus simples de ses enfants.
Plusieurs organisations humanitaires ont récemment souligné la persistance d’une situation catastrophique dans l’enclave, plus de six mois après l’adoption d’une résolution onusienne censée garantir la reprise de l’aide humanitaire. Or, les Gazaouis manquent toujours de tout, et les convois d’aide, transitant par des points de passage sous contrôle israélien, restent insuffisants pour faire baisser les prix. Par ailleurs, la trêve en vigueur depuis octobre n’a pas mis fin aux tirs quasi quotidiens.
Abou Abdallah al-Mossadar, 59 ans, décrit un Aïd empreint de tristesse, rythmé par des funérailles et des veillées. Il qualifie la trêve de vaste tromperie. Lui et son frère ont dû débourser 13 000 shekels, soit environ 3 900 euros, pour acquérir un mouton destiné au sacrifice traditionnel. Avant la guerre, ce promoteur immobilier issu d’une famille aisée n’aurait jamais imaginé de telles dépenses.
La tradition de l’Aïd al-Adha commémore le sacrifice d’Abraham. Mais à Gaza, un mouton qui se négociait aux alentours de 300 euros avant le conflit atteint désormais des sommets compris entre 3 300 et 4 500 euros, selon Raafat Assaliya, porte-parole du ministère de l’Agriculture local. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’il ne subsiste plus qu’un quart des ovidés d’avant-guerre, soit environ 15 000 bêtes pour 2,1 millions d’habitants.
Ahmed Abou Salem, un habitant de Gaza âgé de 50 ans, se dit stupéfait par des prix jamais vus auparavant. Des familles qui sacrifiaient un animal chaque année ne peuvent désormais plus s’offrir un kilo de viande pour leurs enfants. La cuisson des repas, qu’elle se fasse à la maison ou sous les tentes des déplacés, est également compromise par les pénuries de gaz.
Abou Ahmed Wafi, 42 ans, déplacé dans le sud du territoire, observe que les marchés proposent surtout du pain, des pâtisseries et des sucreries. Il regrette de ne pouvoir préparer chez lui les mets traditionnels, faute de combustible et face à l’augmentation des prix. À Khan Younès, une famille a tout de même confectionné des biscuits maamoul sous un abri de fortune, cuits dans un four en terre improvisé. Nadia Abou Shamala résume l’atmosphère générale: une vie sous les tentes, sans joie, marquée par l’inquiétude, la peur et l’épuisement, loin du bonheur passé.
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