Monde
Flavio Bolsonaro transforme en tremplin le scandale qui devait le couler
Le candidat conservateur, longtemps distancé, revient à hauteur de Lula à quelques jours du premier tour. L’affaire qui l’éclabousse lui profite, parce…


Le candidat conservateur, longtemps distancé, revient à hauteur de Lula à quelques jours du premier tour. L’affaire qui l’éclabousse lui profite, parce qu’elle a surtout éclaboussé un autre.
Le Brésil vote le 4 octobre pour le premier tour de sa présidentielle, avec un second tour programmé le 25. À ce compte-là, Flavio Bolsonaro n’a plus grand-chose d’un outsider. Le sénateur de 45 ans, fils de l’ancien chef de l’Etat d’extrême droite Jair Bolsonaro, a longtemps traîné loin derrière. Il revient aujourd’hui au coude à coude avec le président sortant de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva. Une enquête de l’institut Quaest le crédite de 42 % des intentions de vote dans l’hypothèse d’un second tour, contre 41 % pour Lula. L’écart tient dans la marge d’erreur, mais le mouvement, lui, est bien réel.
Le paradoxe est là. Flavio Bolsonaro est visé par une enquête pour corruption et blanchiment, dans le cadre du financement d’un film consacré à son père. Pour boucler ce projet, il a obtenu de l’argent de Daniel Vorcaro, un banquier aujourd’hui détenu et mis en cause dans l’une des plus vastes fraudes financières de l’histoire du pays. Sur le papier, voilà de quoi plomber une campagne. Dans les faits, la suite a pris un tout autre tour.
Car le scandale Banco Master n’a pas éclaboussé que le candidat. Il a frappé de plein fouet Alexandre de Moraes, juge de la Cour suprême et bête noire des bolsonaristes. C’est lui qui a conduit le procès ayant abouti, l’an dernier, à la condamnation de Jair Bolsonaro à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d’Etat. La révélation de messages envoyés par Daniel Vorcaro à un numéro attribué au magistrat a tout fait basculer. Le banquier y réclamait de l’aide, apparemment pour freiner l’enquête dont il fait l’objet. Une crise profonde s’est ouverte au sommet de la Cour suprême, et elle a relégué la campagne présidentielle au second plan.
Le camp conservateur a sauté sur l’ouverture. L’idée martelée partout est simple, voter pour Lula reviendrait à voter pour le juge Moraes. « Flavio Bolsonaro s’en sort mieux que Lula dans ce scandale », résume l’analyste politique André Rosa, pour qui les électeurs indécis finissent par associer l’image du président sortant à celle du magistrat. « Voter Lula, c’est voter Moraes », a lancé Flavio Bolsonaro lui-même. Son directeur de campagne, le sénateur Rogerio Marinho, enfonce le clou en parlant d’un juge devenu « popstar de la gauche », et en assurant que pour la population, les deux hommes relèvent du pareil au même.
Les chiffres des réseaux sociaux confirment ce déplacement du débat. Une étude de la société d’analyse de données Datrix montre que les mentions du juge Moraes et de ses déboires ont dépassé celles consacrées aux liens présumés de Flavio Bolsonaro avec le scandale bancaire. Pour Geraldo Monteiro, professeur de sciences politiques à l’université d’Etat de Rio de Janeiro, ce type d’affaire finit toujours par servir les candidats « antisystème », une image que la famille Bolsonaro cultive depuis l’élection de 2018. « L’image qui parvient à la population est celle d’une politique qui n’est qu’un marécage de corruption », explique-t-il, jugeant au passage la campagne du président actuel « un peu froide ».
Dans le camp Lula, l’inquiétude affleure. Laercio Barbosa, professeur de chimie de 70 ans qui votera pour le président sortant, trouve les sondages « inquiétants » et appelle sa campagne à ouvrir les yeux. Selon lui, le discours antisystème est passé entre les mains de la droite, une bascule qu’il a évoquée lors d’un meeting à Guarulhos, près de Sao Paulo. Marco Aurelio de Carvalho, l’un des coordinateurs de la campagne, préfère relativiser. Il voit dans la progression de Flavio Bolsonaro un effet « naturel » de la polarisation, et refuse de porter le poids de l’affaire. « La crise de la Cour suprême n’est pas notre crise. Ils essaient de nous la mettre sur le dos », insiste-t-il.
Lula, 80 ans, tente de garder ses distances avec le magistrat sans le lâcher. « S’il est coupable, il doit payer », a-t-il répété, tout en maintenant qu’Alexandre de Moraes a fait un travail remarquable pour défendre la démocratie face au camp Bolsonaro. Pour reprendre la main, il est revenu sur son terrain de prédilection, le social, en annonçant une revalorisation de la Bolsa Familia, l’allocation versée aux familles les plus pauvres. C’est cette aide qui avait largement porté sa popularité durant ses deux premiers mandats, entre 2003 et 2010. Mais le calendrier de l’annonce, si proche du scrutin, n’a pas manqué de susciter les critiques.
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