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Étudiants sous tension à Mayotte : la menace de l’expulsion pèse sur les bancs de l’école

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À Mayotte, département français où près d’un habitant sur deux est étranger, de nombreux jeunes scolarisés vivent dans l’angoisse d’un contrôle ou d’un éloignement, au point d’en voir leurs études gravement compromises.

Lors d’une session d’examen des candidatures sur Parcoursup, un enseignant du supérieur à Mayotte a relevé que plusieurs dossiers d’étudiants faisaient état de difficultés liées à leur situation administrative. Sur deux cents parcours examinés, une petite dizaine mentionnaient des problèmes d’obtention de titre de séjour. L’an dernier, deux élèves avaient expliqué avoir manqué plusieurs mois de cours après avoir été reconduits aux Comores. Ce constat, l’enseignant le dresse chaque année, sous le couvert de l’anonymat.

La moitié des habitants de Mayotte est de nationalité étrangère, en grande majorité originaire de l’archipel voisin des Comores, selon les données de l’Insee. Une part difficile à chiffrer de cette population est en situation irrégulière, dans ce département qui compte la population la plus jeune de France, avec une moitié des habitants âgée de moins de 18 ans. Depuis 2021, les forces de l’ordre effectuent en moyenne 24 000 interpellations aux frontières chaque année. En 2025, ces opérations ont conduit à l’éloignement de 23 421 étrangers en situation irrégulière, selon la préfecture.

Si les mineurs ne peuvent être expulsés, l’accession à la majorité marque souvent pour les jeunes Comoriens vivant à Mayotte le début d’une existence clandestine. Ali, 20 ans, étudiant en droit à l’Université de Mayotte, attend depuis près d’un an le renouvellement de son titre de séjour. Par crainte d’un contrôle, il limite ses déplacements entre son domicile en Petite-Terre et ses cours à Dembéni, au centre de Grande-Terre. Il raconte se cacher à Mamoudzou jusqu’à 22 heures après la fin de ses cours pour éviter de prendre la barge en pleine journée. Ses notes sont passées de 12 à 8 de moyenne, et il ne peut plus compter le nombre de travaux dirigés auxquels il a manqué.

Pour Daniel Gros, référent de la Ligue des droits de l’Homme, ces stratégies d’évitement sont courantes. Il observe que les jeunes ne savent plus quoi faire face à des contrôles omniprésents. El Kabir Mohamed, 20 ans, arrivé d’Anjouan il y a dix ans, a lui aussi manqué des cours. Aujourd’hui titulaire d’un titre de séjour, cet étudiant en BTS commercial au lycée de Sada reste marqué par l’angoisse. Il évite de s’éloigner de son village pour ses stages, affirmant savoir où se cacher chez lui mais pas à Mamoudzou, et dit avoir laissé passer des opportunités professionnelles dans le poumon économique de l’île.

Son camarade Saïd a été conduit au centre de rétention administrative en 2024, à l’âge de 18 ans, alors que sa demande de titre de séjour était en cours d’examen. Relâché après l’intervention de la préfecture, il affirme avoir perdu son insouciance et préfère désormais prendre le bus scolaire plutôt que le taxi pour se rendre en cours, par crainte d’un contrôle routier.

Née à Mayotte il y a 19 ans, Ilma Mahamoudou n’a pas pu obtenir la nationalité française en raison du droit du sol restreint. Après avoir effectué toute sa scolarité dans le département, elle a demandé un titre de séjour en 2025 pour poursuivre ses études. Le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit la délivrance d’un titre d’un an à certains étrangers nés en France, scolarisés plusieurs années et ayant résidé durablement sur le territoire. Mais sa demande était encore à l’étude lorsqu’elle a été emmenée au centre de rétention en mars. Elle raconte avoir été expulsée le lendemain, avant même d’obtenir une réponse à son recours contre l’obligation de quitter le territoire français qui lui avait été notifiée. Bloquée aux Comores, elle vit chez une inconnue qui l’a recueillie à son arrivée, perdue et sans repères.

Le référent de la LDH indique avoir déjà été confronté à plusieurs reprises à ce type de situation, lié selon lui à un fonctionnement précipité des procédures d’éloignement. Ces jeunes, explique-t-il, restent parfois bloqués pendant des mois. Soit ils ne reviennent pas, soit ils tentent le retour à bord d’une embarcation traditionnelle. La préfecture n’a pas répondu aux sollicitations de l’Agence France-Presse.

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