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En Espagne, la crise du logement rattrape Pedro Sánchez

Les députés espagnols se prononcent sur deux décrets visant à mieux protéger les locataires. Leur probable rejet, porté par la droite et les…

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En Espagne, la crise du logement rattrape Pedro Sánchez

Les députés espagnols se prononcent sur deux décrets visant à mieux protéger les locataires. Leur probable rejet, porté par la droite et les indépendantistes catalans, fragilise un peu plus Pedro Sánchez.

C’est une séance à haut risque pour l’exécutif espagnol. Deux textes consacrés au logement attendent le verdict du Congrès des députés, à Madrid. Leur objectif, desserrer l’étau qui pèse sur les locataires. Au menu, le renouvellement automatique des baux lorsqu’ils arrivent à échéance, ainsi que des garde-fous pour éviter la mise à la rue des occupants les plus fragiles. Les décrets ciblent en outre les fonds dits vautours, ces structures qui rachètent des biens à bas prix pour en tirer un maximum de rentabilité.

Sauf que les rapports de force au Parlement ne laissent guère de place à l’optimisme. Le gouvernement de coalition ne dispose pas de majorité, et devrait donc compter sur l’abstention des nationalistes catalans de Junts pour faire adopter ne serait-ce qu’un des deux textes. Or le parti de Carles Puigdemont, dont les voix avaient permis à Pedro Sánchez de décrocher l’investiture en 2023, a annoncé qu’il voterait contre les deux, les jugeant mal ficelés. Il réclame leur retrait pur et simple et la rédaction de nouveaux décrets. La droite du PP et l’extrême droite de Vox ont elles aussi prévenu qu’elles s’y opposeraient. De quoi enterrer presque toute chance de succès.

Devant le Congrès, la mobilisation ne faiblit pas. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour réclamer l’adoption des décrets. « Cela ne peut pas continuer comme ça ! », lance Miel Díaz, 23 ans, enseignant. « La plupart des gens dans ce pays ont un problème de logement ou connaissent quelqu’un qui en a un… » À quelques pas, Teresa Morollón, 46 ans, avoue sa « déception » face à l’issue qui se dessine. « Nous comprenons que l’arithmétique au Congrès est extrêmement compliquée, mais il faut mener des politiques courageuses et inclusives pour tout le monde », plaide-t-elle. Certains militants campent depuis presque une semaine sur la Puerta del Sol, place touristique du centre de Madrid, à quelques centaines de mètres du Parlement.

Le logement abordable s’est imposé comme l’un des maux les plus profonds du pays. Le mouvement a pris de l’ampleur après l’expulsion de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans chassée de l’appartement qu’elle occupait depuis sept décennies. L’indignation a gagné tout le pays, et l’octogénaire est devenue le visage de cette crise. Depuis, des campements de protestation ont fleuri dans le centre de la capitale et dans d’autres villes. D’après la Banque d’Espagne, le pays, qui compte environ 50 millions d’habitants, manque d’environ 700 000 logements.

Face à ce tableau, l’exécutif a multiplié les appels à la responsabilité. Pedro Sánchez a lui-même exhorté les députés à agir, évoquant « l’heure de vérité ». Sa ministre du Logement, Isabel Rodríguez, a insisté au début des débats, rappelant que des milliers de personnes attendaient le résultat du vote. À l’inverse, le syndicat des locataires espagnols s’insurge contre un Parlement « qui défend la spéculation ». Sa porte-parole, Alicia del Río, fustige un décalage colossal entre les attentes de la société et ce qui s’apprête à être voté.

L’issue du scrutin alimente déjà les spéculations sur une dissolution anticipée. Une hypothèse que Pedro Sánchez a toujours écartée, alors que le prochain rendez-vous électoral doit se tenir au plus tard à l’été 2027. Santiago Abascal, à la tête de Vox, troisième force politique du pays, a estimé pour sa part que des élections plus précoces seraient préférables. Le dossier du logement pourrait ainsi se transformer en crise politique de premier plan.

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