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Au Brésil, l’héritier Flavio Bolsonaro défie Lula porté par un nom plus qu’une aura
À 45 ans, le sénateur Flavio Bolsonaro, désigné héritier par son père Jair, se retrouve au coude à coude avec Lula dans la course à la présidence…

À 45 ans, le sénateur Flavio Bolsonaro, désigné héritier par son père Jair, se retrouve au coude à coude avec Lula dans la course à la présidence brésilienne. Porté par un patronyme plus que par une aura, il joue la carte du fils modéré pendant que son géniteur purge sa peine en résidence surveillée.
Le Brésil se rend aux urnes dimanche pour le premier tour de la présidentielle, et la lutte s’annonce serrée. Face à Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, qui vise un quatrième mandat, se dresse un homme que peu de Brésiliens connaissaient vraiment à l’échelle nationale il y a quelques années. Flavio Bolsonaro, sénateur de 45 ans, a grandi dans l’ombre d’un père qui a bousculé la droite brésilienne. Jair Bolsonaro, au pouvoir de 2019 à 2022, vit aujourd’hui sous résidence surveillée après avoir été condamné à 27 ans de prison pour avoir tenté de s’accrocher au pouvoir après sa défaite face à Lula. C’est lui qui a choisi son fils aîné comme successeur politique. Des soupçons de corruption pèsent sur Flavio, mais cela ne l’a pas empêché de s’imposer comme un concurrent crédible.
Le candidat se décrit volontiers comme un « Bolsonaro plus modéré », tout en jurant que son père restera sa « boussole ». Il en a conscience, la comparaison a ses limites. « Il est difficile de comparer le fils de Pelé à Pelé », a-t-il reconnu lors d’un meeting à Rio de Janeiro. Sa base électorale, elle, ne s’embarrasse pas de nuances. Marco Antonio da Rosa, étudiant en droit de 21 ans présent à ce rassemblement, résume l’état d’esprit général. « Moi, j’aurais préféré Jair. Mais comme Jair n’est pas là, je vote pour Flavio. » Les provocations, les invectives et les défis lancés aux institutions par le « capitaine » tempétueux en ont fait un épouvantail pour une partie du pays, mais elles restent la référence incontournable d’un camp conservateur prêt à transférer ses voix.
Né dans l’État de Rio de Janeiro, Flavio est l’aîné des quatre fils de l’ancien chef d’État et celui qui lui ressemble le plus physiquement, jusque dans une décontraction qui lui est propre. Il lui arrive de laisser couler quelques larmes en évoquant le sort de son père, qu’il a même convoqué en deepfake plus vrai que nature au lancement de sa candidature. Avocat de métier, il est devenu député régional à 21 ans, puis sénateur à 37. Marié et père de deux filles, il affiche une confession évangélique, un courant devenu essentiel dans l’électorat conservateur. Sa campagne n’a pas échappé aux turbulences. Il s’est retrouvé en conflit ouvert avec sa belle-mère, Michelle Bolsonaro, qui l’a accusé de l’avoir « maltraitée » avant de finir par présenter ses excuses, sur fond de rivalités de pouvoir. Un enregistrement a aussi fuité, dans lequel on l’entend demander au banquier Daniel Vorcaro, cité dans une retentissante affaire de fraude, de financer un film consacré à son père. Flavio, qui avait nié tout contact avec le financier, conteste toute irrégularité, mais une enquête pour corruption et blanchiment le concerne. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il appelait Vorcaro « mon frère » à répétition, il a répondu qu’il s’agissait de la manière familière de parler des Cariocas. Une affaire plus ancienne le poursuit également, celle de rétrocommissions présumées, où il fut accusé d’avoir prélevé une part des salaires de ses assistants. Elle a été classée sans suite.
Sur les réseaux sociaux, Flavio soigne son image avec des films de campagne léchés, générés par intelligence artificielle. On l’y aperçoit parfois en combinaison de vol et lunettes d’aviateur, aux commandes d’un avion de chasse en mission pour le Brésil. Il met en avant ses bonnes relations avec Donald Trump, allié de son père, qui l’a reçu à la Maison Blanche. Partisan d’une ligne dure face à la criminalité, dans un pays exaspéré par la violence, il loue les politiques sécuritaires du président salvadorien Nayib Bukele, vivement critiquées par les défenseurs des droits humains. Pour l’analyste politique Thomas Traumann, « comparé à son père, il est plus affable et sociable », ce qui ne l’empêche pas de rester idéologiquement à l’extrême droite. S’il l’emporte en octobre, Flavio Bolsonaro s’est engagé à ne pas briguer un second mandat quatre ans plus tard.
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