Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Ebola en RDC : des soignants livrés à eux-mêmes face à la flambée épidémique

Article

le

Dans l’est de la République démocratique du Congo, le système de santé, déjà fragile, peine à contenir une nouvelle épidémie de la maladie à virus Ebola, faute de moyens et face à la défiance des populations.

Dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, l’hôpital de Rwampara incarne les difficultés rencontrées par les équipes médicales. Une jeune femme, arrivée à l’arrière d’une moto, présente des signes évocateurs de la maladie : une fièvre à 39,7 degrés et un saignement de nez. Sa sœur, qui l’accompagne, raconte que les symptômes sont apparus deux semaines après un accouchement. Faute d’ambulance, les familles doivent recourir à des moyens de transport de fortune, exposant les conducteurs et les proches à un risque élevé de contamination.

Le personnel soignant, comme Dieudonné Sezabo, s’efforce de limiter les transmissions en désinfectant sommairement les véhicules et les personnes avec du chlore. Mais les équipements de protection restent insuffisants. Les autorités sanitaires internationales estiment que le nombre réel de cas et de décès est probablement sous-estimé. Au douzième jour de l’épidémie, plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects avaient été recensés, selon les bilans officiels.

La riposte est entravée par l’insécurité chronique qui règne dans cette région. Des groupes armés y perpètrent régulièrement des violences, et la méfiance envers les autorités sanitaires complique le travail des équipes de terrain. Deux tentes d’isolement installées par une ONG ont été incendiées par des jeunes en colère, qui réclamaient le corps d’un camarade décédé. L’incident a contraint les soignants à retrouver les patients évacués dans la communauté pour les convaincre de revenir se faire soigner.

Le docteur Isaac Mukengi, médecin directeur de l’hôpital, explique que des équipes sont déployées régulièrement pour retracer les malades et les inciter à regagner le site de traitement. Il s’agit d’une course contre la montre pour limiter la propagation du virus, en l’absence de vaccin ou de traitement spécifique. Les mesures barrières et la détection rapide des cas constituent les seuls outils disponibles.

Pour Pierre Boisselet, chercheur à l’institut Ebuteli, la confiance envers les autorités sanitaires est un préalable indispensable à l’efficacité des mesures d’isolement, d’enterrements sécurisés et de traçage. Or, le contexte de conflit et de fragmentation de l’autorité ne favorise pas cette confiance. Les équipes médicales tentent néanmoins de maintenir un lien avec les familles, en autorisant des visites sous surveillance, afin d’apaiser les tensions et d’encourager les patients à se rendre à l’hôpital.

Ganoi Lamissa, référent logistique d’une ONG, souligne l’importance de cette communication. Elle permet de rassurer les malades et leurs proches sur les conditions de prise en charge, un élément clé pour endiguer l’épidémie dans un pays où le système de santé est parmi les plus vulnérables au monde.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus