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Désinformation et conflit armé : la présidentielle colombienne sous tension

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La campagne électorale colombienne est perturbée par une vague de fausses informations qui exploitent les cicatrices du conflit armé. Ces manipulations numériques menacent la clarté du débat démocratique à quelques jours du scrutin.

Les électeurs colombiens se rendent aux urnes ce dimanche pour élire leur prochain président, quatre ans après l’arrivée au pouvoir du premier gouvernement de gauche. Ce scrutin intervient dans un climat de violence inédit depuis la signature de l’accord de paix avec les Farc en 2016, marqué par une recrudescence des attentats, des enlèvements et des extorsions.

Les principaux candidats s’opposent sur la stratégie à adopter face à un conflit armé qui dure depuis six décennies. D’un côté, le candidat de gauche Ivan Cepeda prône la poursuite des négociations de désarmement amorcées par le président sortant. De l’autre, ses concurrents Abelardo de la Espriella et Paloma Valencia misent sur une réponse militaire renforcée, incluant la construction de méga-prisons.

Sur les réseaux sociaux, les positions des prétendants au pouvoir sont systématiquement déformées par des contenus trompeurs qui les associent à des activités illicites. Le pays, premier producteur mondial de cocaïne, voit ainsi le débat public pollué par des manipulations numériques.

Ivan Cepeda, dont le père était un sénateur communiste assassiné, est régulièrement la cible de fausses publications qui le présentent comme un allié des guérillas. Une vidéo modifiée le montre prétendument en train d’annoncer l’intégration de guérilleros dans l’armée. Un autre montage le place sous les ordres d’Ivan Mordisco, le chef rebelle le plus recherché du pays.

Abelardo de la Espriella, avocat ayant défendu des narcotrafiquants et des paramilitaires, est lui aussi visé. Une photo diffusée en ligne le montre aux côtés d’un mafieux, mais l’homme sur l’image n’est pas le candidat. Quant à Paloma Valencia, proche de l’ancien président Alvaro Uribe, une vidéo tronquée la fait apparaître en train de déclarer qu’elle souhaite gouverner avec les paramilitaires d’extrême droite.

Il est difficile d’identifier les commanditaires de ces campagnes de désinformation, explique Frey Muñoz, directeur adjoint de la Mission d’observation électorale. Au-delà des internautes qui partagent spontanément ces contenus, des comptes coordonnés, dotés de moyens financiers, amplifient leur diffusion sur les plateformes. Une vidéo accusant Paloma Valencia de faire l’éloge du paramilitarisme a ainsi fait l’objet de publicités ciblées sur Facebook, atteignant plus de 30 000 vues.

Selon la Mission d’observation électorale, la désinformation figure parmi les principaux risques pour la transparence du scrutin. Elle favorise la radicalisation politique et pousse les électeurs à voter davantage sous l’emprise de leurs émotions que de leur raison.

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