Planète
Cheffes, village déserté par les eaux


Face à une crue historique de la Sarthe, l’ensemble des habitants de cette commune du Maine-et-Loire a dû quitter les lieux. L’évacuation générale, une première depuis près de trente ans, a transformé les rues en un paysage de maisons closes et de jardins submergés.
Le calme inhabituel qui règne désormais à Cheffes contraste avec l’activité qui animait encore le bourg il y a quelques jours. Sur ordre des autorités, près de cinq cents personnes ont quitté leur domicile vendredi, anticipant une montée des eaux sans précédent depuis des décennies. La Sarthe, dont le niveau a déjà largement dépassé les six mètres, continue de gonfler, menaçant d’isoler complètement la localité.
Le spectacle est saisissant. La cour de l’école, le terrain de football et de nombreuses rues ne forment plus qu’une vaste étendue liquide. Même le cimetière commence à disparaître sous la surface. Les volets sont clos, les commerces fermés. Seules les embarcations des secouristes sillonnent les artères devenues des canaux, pour convaincre les derniers récalcitrants de partir avant la coupure générale d’électricité annoncée.
Les habitants, pour la plupart, ont fait preuve d’une résignation organisée. Beaucoup avaient commencé à déménager leurs biens dès le début de la semaine, aidés par des voisins équipés de camions ou de tracteurs. La culture du risque inondation, souvent évoquée ici, a visiblement guidé les comportements, limitant la panique. Les personnes évacuées ont trouvé refuge dans l’entourage familial ou amical, en attendant une décrue qui pourrait prendre plusieurs jours.
Cette sérénité apparente n’occulte pas l’ampleur des dégâts. L’eau a déjà pénétré dans de nombreuses habitations, y compris celles situées en centre-bourg. Les services de secours, une trentaine de gendarmes et de pompiers, restent mobilisés pour sécuriser la zone. Leur mission inclut désormais la prévention des cambriolages, deux individus ayant déjà été interceptés alors qu’ils tentaient d’accéder au village avec des engins nautiques.
Le maire a pris un arrêté d’évacuation obligatoire, mesure extrême justifiée par les prévisions hydrologiques. Un nouvel arrêté sera nécessaire pour autoriser le retour des populations, une perspective qui semble encore lointaine tant que le fleuve n’aura pas retrouvé son lit. Pour l’heure, Cheffes, vidé de ses habitants, affronte seul la puissance du courant.





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