Culture
Cannes 2024 : un film israélien fracasse le silence sur Gaza

Le cinéaste Nadav Lapid dénonce l’indifférence de son pays face à la tragédie palestinienne dans une œuvre coup de poing présentée en marge du Festival.
Sur fond de paysages déchirés par la guerre, « Yes », le nouveau long-métrage de Nadav Lapid, secoue les consciences. Présenté à la Quinzaine des cinéastes, ce film audacieux met en lumière l’aveuglement d’une société israélienne confrontée à l’horreur de la guerre à Gaza. Le réalisateur, connu pour ses prises de position sans concession, y explore les mécanismes du déni collectif à travers une fiction aussi brutale que nécessaire.
Le récit suit Y, un musicien chargé par les autorités de réécrire l’hymne national pour en faire un chant de haine. Ce personnage, interprété par Ariel Bronz, symbole de provocation dans le milieu artistique israélien, incarne la soumission à la propagande d’État. Le titre « Yes » résume à lui seul l’unique réponse attendue des créateurs dans un climat de répression intellectuelle. Lapid dépeint une nation enlisée dans son propre récit, où la vie palestinienne semble systématiquement reléguée au second plan.
Tourné dans des conditions précaires pendant l’offensive israélienne, le film a failli ne jamais voir le jour. Des collaborateurs ont abandonné le projet, des financements se sont évaporés face à la charge politique du sujet. Seul le soutien de producteurs français et d’un fonds public israélien indépendant a permis son aboutissement. Les scènes, volontairement glaçantes, montrent des Israéliens vaquant à leurs occupations tandis que leur téléphone affiche les alertes de bombardements sur Gaza. Une chorégraphie grotesque sur un toit, synchronisée avec le vrombissement des avions militaires, illustre cette fuite en avant collective.
Si le film sortira en France en septembre, aucune salle israélienne n’a pour l’instant accepté de le diffuser. Un silence qui confirme, selon Lapid, la nécessité de ce cri d’alarme cinématographique. Avec cette œuvre, le cinéaste ne cherche pas à convaincre, mais à électriser les consciences. Dans un pays où critiquer la guerre relève du parcours du combattant, « Yes » se veut un miroir tendu à une société en pleine dissonance cognitive. Un acte de résistance artistique qui, espère-t-il, fissurera le mur de l’indifférence.

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