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La Roumanie bascule dans une nouvelle crise politique après la chute du gouvernement Bolojan

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Le Parlement roumain a adopté une motion de censure contre le Premier ministre Ilie Bolojan, renversant un gouvernement pro-européen fragilisé par une alliance entre les sociaux-démocrates et l’extrême droite.

La motion de censure déposée contre le gouvernement d’Ilie Bolojan a recueilli 281 voix, soit bien au-delà des 233 nécessaires, dans une assemblée comptant 464 sièges. Ce vote sanctionne la politique d’austérité menée par le chef du gouvernement, accusé par ses opposants d’aggraver la précarité des Roumains. Le Parti social-démocrate (PSD), qui faisait pourtant partie de la coalition au pouvoir jusqu’à son départ il y a quinze jours, s’est allié à l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), formation d’extrême droite en pleine ascension, pour faire tomber l’exécutif.

Cette alliance inédite suscite de vives inquiétudes parmi les forces démocratiques. Le PSD, en s’associant à l’AUR, a contribué à légitimer un parti jusqu’alors marginalisé sur la scène politique roumaine. Selon le politologue Costin Ciobanu, cette manœuvre a transformé l’AUR en un acteur politique de premier plan. Les sondages placent désormais cette formation en tête des intentions de vote avec 37 % d’opinions favorables, devant le PSD pourtant fort de 130 élus depuis les législatives de décembre 2024.

Le dirigeant de l’AUR, George Simion, a salué la chute du gouvernement en affirmant que dix mois de gestion pro-européenne n’avaient apporté que hausses d’impôts, guerre et pauvreté. De son côté, le chef du PSD, Sorin Grindeanu, a estimé qu’Ilie Bolojan devrait désormais quitter ses fonctions pour permettre la formation rapide d’un nouvel exécutif.

Le Premier ministre déchu a dénoncé une motion de censure qu’il a qualifiée de mensongère et cynique. Il a rappelé avoir accepté ce poste dix mois plus tôt pour faire face à une situation économique difficile, en privilégiant les décisions nécessaires plutôt que les choix populaires. Il a prévenu que les graves problèmes du pays ne disparaîtraient pas avec son départ.

Arrivé au pouvoir en juin 2025 grâce à un large soutien des partis pro-européens, Ilie Bolojan avait mis fin à une période d’instabilité politique entamée par l’annulation de l’élection présidentielle de novembre 2024. Ce scrutin avait été marqué par la percée d’un candidat d’extrême droite inconnu, suscitant des accusations d’ingérence russe dans un pays membre de l’Otan situé aux portes de l’Ukraine.

Le président pro-européen Nicusor Dan a assuré que la Roumanie, pays de 19 millions d’habitants entré dans l’Union européenne en 2007, maintiendrait son orientation occidentale quel que soit le résultat du vote. Il a promis des discussions politiques difficiles mais nécessaires pour préserver la stabilité du pays.

Les analystes prévoient des négociations prolongées pour former un nouveau gouvernement. Une hypothèse plausible serait le maintien de l’alliance des quatre partis pro-européens, mais sans Ilie Bolojan à leur tête. Les formations de centre-droit ont vivement critiqué le PSD pour s’être éloigné de la voie européenne et avoir fait perdre un temps précieux au pays, qui doit impérativement engager des réformes.

Une trentaine d’organisations non gouvernementales ont demandé au Parti des socialistes européens d’exclure le PSD de ses rangs si cette alliance avec l’extrême droite se poursuivait. Le PSD a toutefois assuré n’avoir conclu aucun accord politique avec l’AUR au-delà de l’objectif commun de renverser le gouvernement Bolojan.

Pour Costin Ciobanu, cette crise révèle surtout une profonde angoisse existentielle au sein du Parti social-démocrate, dont une partie de l’électorat a été séduite par l’extrême droite. Le parti, désorienté, cherche encore la voie pour retrouver son influence passée. La Roumanie, dont le déficit budgétaire a atteint 7,9 % du PIB au quatrième trimestre 2025, fait l’objet d’une procédure européenne pour déficit excessif depuis 2020 et risque de perdre l’accès à des fonds européens essentiels.

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