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Camopi en état de siège contre l’orpaillage illégal
Enfermés sous la canopée amazonienne, les habitants de cette commune guyanaise réclament une protection militaire face à l’afflux incessant de chercheurs d’or clandestins. Le préfet a promis un barrage sur le fleuve, mais la colère reste vive.
Dans le bourg reculé de Camopi, posé sur les rives brunes de l’Oyapock qui sépare la Guyane du Brésil, le sentiment d’abandon gagne du terrain. Cette commune autochtone de deux mille cinq cents âmes, inaccessible par la route et uniquement reliée au reste du territoire par voie fluviale ou aérienne, subit de plein fouet les assauts des orpailleurs illégaux. Pour tenter de bloquer leur logistique, des riverains avaient dressé fin avril un barrage de pirogues sur le fleuve, rapidement démantelé par les autorités pour des raisons d’ordre public. Mais ce geste symbolique a révélé une tension qui ne cesse de croître.
La saison des pluies transforme le cours d’eau en une véritable voie rapide pour les trafiquants, dénonce la première adjointe au maire. Dans ce contexte, les habitants ne cachent plus leur exaspération. L’un des chefs coutumiers locaux avait même averti que la population était prête à prendre les armes pour se faire justice elle-même. Au quotidien, la menace est permanente. Une habitante de cinquante et un ans raconte ne plus oser se rendre dans son jardin, à la chasse ou à la pêche par peur des agressions, des vols ou des violences. Le sentiment d’insécurité est devenu une réalité quotidienne.
Cette situation cristallise un profond ressentiment envers les pouvoirs publics. Un autre chef coutumier résume le sentiment général en affirmant que l’État n’existe tout simplement pas pour eux. Un homme de cinquante ans, également présent lors des échanges, réclame la même considération que celle accordée aux communes du littoral, estimant que la première mission des autorités est d’assurer la sécurité de tous.
Face à cette crise, le préfet de Guyane s’est rendu sur place en début de semaine. Après un long trajet en hélicoptère puis en pirogue, il a rencontré une cinquantaine d’habitants réunis dans la salle du conseil municipal. Sous un toit en tôle battu par des trombes d’eau, il a tenté d’apaiser les esprits en appelant à ne pas se tromper d’adversaire et à rester unis dans ce combat. Il a annoncé la mise en place d’un barrage permanent sur la rivière Camopi d’ici le début du mois de juin, jusqu’à la fin de la saison humide en août.
Le maire de la commune s’est dit satisfait de cette mesure, tout en regrettant qu’elle n’ait pas été anticipée plus tôt. Le commandant des Forces armées en Guyane a toutefois nuancé l’efficacité d’un tel dispositif, soulignant que les orpailleurs illégaux sont ingénieux et pourraient facilement contourner l’obstacle. Selon lui, une quinzaine de sites clandestins demeurent actifs dans le bassin de Camopi. Une opération menée fin 2024 avait permis de chasser quatre-vingts pour cent des clandestins, mais les vingt pour cent restants, très mobiles et dispersés, restent difficiles à déloger.
Ces sites représentent une part modeste des six cents chantiers illégaux recensés cette année en Guyane. L’orpaillage clandestin mobilise environ huit mille chercheurs d’or, pour une extraction totale de cinq à six tonnes par an, et dévaste chaque année cent cinquante hectares de forêt ainsi que cent kilomètres de cours d’eau. Camopi était déjà devenue un symbole de la lutte contre ce fléau en 2008 avec le lancement de l’opération Harpie, dotée de soixante-dix millions d’euros par an et déployant quotidiennement deux cent quatre-vingts militaires et gendarmes en forêt.
Malgré un prix de l’or qui a triplé en cinq ou six ans, le procureur général estime que les autorités ont réussi à contenir le phénomène sans explosion, même s’il reconnaît une résilience incroyable de la part des trafiquants. Dans ce contexte, la flambée des cours et le manque de perspectives attisent également les tentations de complicité au sein même de la communauté. Lors de la réunion, un habitant a lancé un appel à ceux qui se font les petites mains des orpailleurs brésiliens pour qu’ils cessent leur collaboration. En réponse, l’État s’est engagé à recruter ces jeunes pour qu’ils participent, aux côtés des militaires et des gendarmes, à la lutte contre l’orpaillage illégal.
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