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Birmanie : une génération rayée de la carte par la guerre

Depuis le coup d’État de 2021, plus de 100 000 vies ont été fauchées dans le conflit. Dans les temples de la région de Magway, des familles enterrent…

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Birmanie : une génération rayée de la carte par la guerre

Depuis le coup d’État de 2021, plus de 100 000 vies ont été fauchées dans le conflit. Dans les temples de la région de Magway, des familles enterrent leurs morts et pleurent des jeunes qui n’auront jamais vieilli.

Dans le canton de Myit Chay, au centre de la Birmanie, les murs des monastères n’étouffent plus les sanglots. Ici, les familles se rassemblent pour honorer celles et ceux que la guerre civile a pris. Un conflit qui, selon l’ONG Acled, a dépassé la barre des 100 000 morts. Un chiffre qui donne le vertige mais qui, sur le terrain, se lit dans les regards vides des parents et dans les corps brûlés des fils.

Thaung Sein raconte l’histoire de son enfant, un civil tué en mai dernier alors que la famille fuyait une offensive. « Dans cette guerre, ils tuent sans distinction et sans aucune considération », dit-elle. Son fils a été retrouvé au milieu de villages dévastés, le corps brûlé et couvert de blessures. Les secouristes ont refusé de lui montrer les photos, de peur qu’elle ne sombre dans l’horreur. « Si nos enfants parviennent à survivre, il pourrait y avoir une chance pour un avenir meilleur », ajoute-t-elle. « Mais s’ils ne grandissent même pas et que ça continue comme ça, il ne restera que la mort. »

Soe Gyi, un homme de 49 ans qui préfère taire son vrai nom par sécurité, résume l’ampleur du désastre. Son neveu a quitté sa formation de moine pour rejoindre les rebelles pro-démocratie. Il est mort au combat. « Combien de jeunes devront encore mourir ? », demande-t-il. « Il ne reste que les personnes âgées et les très jeunes enfants. La génération intermédiaire a été décimée. » Une phrase qui résonne comme un terrible constat dans tout le pays.

La guerre a commencé avec le putsch militaire de 2021, qui a renversé le gouvernement d’Aung San Suu Kyi. Depuis, des militants pro-démocratie combattent aux côtés de groupes armés ethniques. L’armée est aujourd’hui en position de force, mais les affrontements continuent. Les conséquences humaines sont colossales. Plus de 3,7 millions de personnes vivent déplacées à l’intérieur du pays selon l’ONU. Les monastères servent à la fois de lieux de deuil et d’abris de fortune. On y dort au milieu de quelques affaires sauvées des flammes.

Yin Than, 39 ans, a perdu son mari il y a deux ans. Il avait pris les armes pour la démocratie. « Ce n’était pas une mort naturelle, il est mort comme un chien », lâche-t-elle, la voix cassée. « Maintenant qu’il est parti, sur qui compter avec mon enfant ? Je partage la douleur de tous ceux qui sont morts à cause de cette situation politique. » Elle vit aujourd’hui déplacée, ballottée entre des zones où la vie est impossible et des refuges où elle n’est guère meilleure. « Rien ne va, où que ce soit », soupire-t-elle. « Ce n’est pas vivable chez nous et ce n’est pas vivable ailleurs non plus. »

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