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À Cuba, le privé envahit les rues mais les poches restent vides

Les petites entreprises fleurissent partout dans la capitale cubaine, là où l’État n’arrive plus à fournir. Pourtant, pour la majorité des habitants, ces…

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À Cuba, le privé envahit les rues mais les poches restent vides

Les petites entreprises fleurissent partout dans la capitale cubaine, là où l’État n’arrive plus à fournir. Pourtant, pour la majorité des habitants, ces nouveaux commerces restent un monde inaccessible, symbole d’inégalités qui explosent.

Assis devant une bodega délabrée, Joaquin Velazquez regarde le local d’à côté. Autrefois, cet espace faisait partie du même magasin d’État. Aujourd’hui, il a été transformé en boutique privée où s’entassent des produits que lui ne peut pas acheter. Un litre d’huile coûte l’équivalent de plus de la moitié de sa pension de retraite. Dans le commerce subventionné où il se tient, les étagères sont presque vides depuis que l’État n’arrive plus à importer. C’est le quotidien de nombreux quartiers de La Havane depuis que le gouvernement a autorisé les mipymes en 2021. Des vitrines ont poussé dans des anciens garages, des maisons ou même à côté de pharmacies publiques qui ont réduit leur surface. On y trouve de tout, des pièces détachées aux bières fraîches, en passant par la quincaillerie. Mais pour ceux qui ne reçoivent pas de dollars de l’étranger, ce nouveau paysage urbain reste une vitrine qu’on regarde sans pouvoir y entrer.

Luisa Cecilia, une institutrice retraitée de 77 ans, résume bien le paradoxe. Elle reconnaît que dans ces petites entreprises privées on trouve ce qui manque ailleurs. Mais elle ajoute aussitôt qu’il y a du choix et pas d’argent pour acheter. Derrière cette prolifération de commerces, une minorité de Cubains s’enrichit. Des voitures de luxe circulent dans les rues, des restaurants chics ouvrent leurs portes. Pendant ce temps, la majorité peine à joindre les deux bouts. Les coupures d’électricité peuvent durer trente heures dans la capitale, ce qui freine aussi bien les entreprises que les particuliers. Juan Carlos Blain, qui dirige une chaîne d’épiceries privées, dit ne plus penser à se développer mais seulement à survivre. Le blocus américain et la crise énergétique font grimper tous les coûts. Même la graphiste Camila Arrieta, qui produisait des milliers de t-shirts, voit son activité ralentir. Elle se dit vaccinée contre les difficultés après des années de bureaucratie et d’embargo, et envisage même de changer de voie.

Les nouvelles réformes annoncées en juin pourraient ouvrir davantage de secteurs aux privés, de l’agriculture aux banques. L’économiste Carlos Enrique Gonzalez appelle à les mettre en place rapidement pour relancer la production nationale. Selon lui, le vrai problème n’est pas seulement l’absence de produits d’État ou les prix trop élevés du privé. C’est la capacité même de Cuba à produire ce qu’il consomme. En attendant, la ville se transforme. Il y a plus de commerces, plus d’offres. Mais aussi un fossé qui se creuse entre ceux qui peuvent acheter et ceux qui ne le peuvent pas, dans ce pays qui reste l’un des derniers régimes communistes du monde.

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