Nous rejoindre sur les réseaux

Culture

La chute d’une icône de la tech indonésienne condamnée à 10 ans de prison

Ancien ministre de l’Éducation et cofondateur de Gojek, Nadiem Makarim a été reconnu coupable d’avoir fait perdre 120 millions de dollars à l’État. Il…

Article

le

La chute d’une icône de la tech indonésienne condamnée à 10 ans de prison

Ancien ministre de l’Éducation et cofondateur de Gojek, Nadiem Makarim a été reconnu coupable d’avoir fait perdre 120 millions de dollars à l’État. Il risque désormais bien plus que la prison.

Le verdict est tombé comme un coup de massue. Mardi, un tribunal de Jakarta a condamné Nadiem Makarim à dix ans de prison ferme pour corruption. L’ex-ministre de l’Éducation, âgé de 41 ans, était aussi le visage de la réussite tech indonésienne avec Gojek, l’application de taxis et de livraison. Les juges l’ont reconnu coupable dans une affaire d’achat d’ordinateurs portables Chromebook pour les écoles, pendant la pandémie de Covid-19. Selon l’accusation, cette transaction a coûté près de 120 millions de dollars au Trésor public.

Le tribunal ne s’est pas arrêté là. En plus des dix ans de prison, Nadiem doit payer une amende d’un milliard de roupies, soit environ 55 000 dollars. Il est aussi condamné à rembourser 809 milliards de roupies, l’équivalent de 45 millions de dollars. S’il ne s’exécute pas, il risque cinq années supplémentaires derrière les barreaux. Pourtant, le parquet avait requis une peine encore plus lourde. Dix-huit ans de prison avaient été demandés contre ce diplômé de Harvard, autrefois considéré comme un modèle pour toute une génération d’entrepreneurs.

Au cœur du scandale, le choix des Chromebooks. L’accusation a pointé un possible conflit d’intérêts. En effet, le géant américain Google, qui fabrique le système d’exploitation ChromeOS, avait investi dans Gojek quelques années plus tôt. Nadiem, lui, s’est toujours défendu. Il a plaidé l’innocence tout au long du procès, assurant que l’achat de ces ordinateurs avait permis à l’État de faire des économies. À l’annonce du verdict, il a fondu en larmes. « Je suis condamné sur la base de faits totalement déraisonnables, a-t-il lancé. Les quatre juges n’ont même pas pu me regarder droit dans les yeux. »

Il a également dénoncé le montant du remboursement exigé. « On m’impose en réalité une peine de quinze ans, car je ne possède pas cette somme », a-t-il ajouté. Son avocat a déjà annoncé son intention de faire appel. Dehors, des dizaines de chauffeurs Gojek en vestes vertes sont venus le soutenir, en criant son innocence. Mais l’affaire dépasse le simple cas personnel. En devenant ministre sous le président Joko Widodo, Nadiem voulait montrer que les professionnels du privé pouvaient servir l’État. Aujourd’hui, il craint que cette condamnation ne décourage les jeunes talents. « Les prochains risquent de refuser d’entrer dans la fonction publique », a-t-il mis en garde.

Google, de son côté, n’a jamais été mis en cause et a démenti toute irrégularité. Le groupe GoTo, né de la fusion entre Gojek et Tokopedia, a précisé que Nadiem n’avait plus aucun rôle décisionnel depuis son départ en 2019. L’histoire de cet ancien petit prince de la tech a pourtant commencé bien plus modestement. En 2010, il cofonde Gojek en mobilisant une vingtaine de moto-taxis à Jakarta. Le nom s’inspire des « ojeks », ces conducteurs de deux-roues qui sillonnent la capitale. En quelques années, l’entreprise devient un géant des services, avec plus de 3 millions de chauffeurs en 2023. Aujourd’hui, celui qui incarnait la réussite à l’indonésienne voit son héritage terni par une peine de prison qui pourrait bien faire jurisprudence.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus