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La mer aussi suffoque comment le réchauffement fait rétrécir le plancton et fuir les poissons

Sur la plage de Wimereux, les baigneurs cherchent la fraîcheur mais l’eau de la Manche est anormalement chaude. Des scientifiques montrent que ce…

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La mer aussi suffoque comment le réchauffement fait rétrécir le plancton et fuir les poissons

Sur la plage de Wimereux, les baigneurs cherchent la fraîcheur mais l’eau de la Manche est anormalement chaude. Des scientifiques montrent que ce dérèglement transforme déjà la vie sous-marine, du minuscule plancton jusqu’aux poissons de nos assiettes.

En pleine canicule, la température ressentie sur le sable atteint 42°C. Les vacanciers se précipitent dans la mer pour se rafraîchir. Pourtant, l’eau aussi bat des records. À quelques mètres des baigneurs, deux hommes en salopettes imperméables s’enfoncent dans la Manche. Chronomètre en main, ils tractent un filet pendant une minute, juste assez pour prélever du zooplancton. Ce geste répété permet de mesurer l’état de santé de l’océan. Car le plancton est la base de toute la chaîne alimentaire marine. En laboratoire, les échantillons révèlent un changement inquiétant. Les organismes sont plus petits qu’avant. Plus la température monte, plus leur taille diminue, explique le chercheur qui scrute ces échantillons depuis des années. Les espèces d’eau froide cèdent la place à celles d’eau chaude, et ce phénomène de nanisme adaptatif bouleverse tout l’équilibre.

Les conséquences se voient déjà dans les filets des pêcheurs. La morue de l’Atlantique, autrefois commune dans la Manche, pourrait disparaître dans les prochaines décennies. À l’inverse, les sardines deviennent plus nombreuses. Le hareng, lui, arrive de plus en plus tard et en quantité bien moindre. Chaque maillon de la chaîne alimentaire se dérègle. Les poissons qui aiment le froid migrent ou meurent. Et ce n’est pas un phénomène soudain mais une tendance de fond, liée au réchauffement global. Les scientifiques comparent les données actuelles à celles des années 1960 1989 et constatent des anomalies de température de plus de 2°C dès le mois de mai dans plusieurs zones du littoral français. Dans la Manche, l’écart atteint même 3°C par rapport à cette période de référence.

Ces canicules marines ne sont plus des exceptions. En 2022, une vague de chaleur généralisée avait déjà frappé les eaux françaises. Et depuis 1991, le nombre annuel de jours de vagues de chaleur en mer a plus que triplé, atteignant 65 jours en 2025. En Méditerranée, entre 2015 et 2019, des mortalités massives ont touché une cinquantaine d’espèces coraux, gorgones, oursins, posidonies. Les créatures les moins mobiles sont les premières victimes. Pour le chercheur qui alerte depuis des décennies, il est trop tard pour stopper le phénomène. Mais il est encore possible de l’atténuer en réduisant drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre. Sans cela, la Manche et les autres mers continueront à se vider des poissons que nous connaissons.

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