Culture
Sous 40°C, des forestiers mettent des pins au régime sec pour sauver nos forêts
Dans une serre du sud de la France, des scientifiques privent volontairement des arbres d’eau pour tester leur résistance. L’objectif est clair…


Dans une serre du sud de la France, des scientifiques privent volontairement des arbres d’eau pour tester leur résistance. L’objectif est clair : anticiper les canicules et sécheresses qui menacent nos forêts dans les décennies à venir.
Sous une serre surchauffée de Provence, le thermomètre dépasse les 40°C. Des jeunes pins, privés d’eau à différents niveaux, luttent pour survivre. Certains s’étirent en hauteur sans presque produire d’aiguilles. D’autres restent verts et vigoureux. Ce n’est pas une négligence, c’est une expérience scientifique menée par l’Office national des forêts. Les étiquettes sur les godets ne signalent pas une promotion mais un taux d’humidité précis 80%, 60% ou 40% de la capacité maximale de rétention d’eau. L’idée est simple : soumettre différentes essences d’arbres à un stress hydrique contrôlé pour voir lesquelles tiennent le coup.
Ce stress, les forêts méditerranéennes le connaissent déjà depuis les années 2000. La canicule de 2003 a été un vrai coup de chaud pour de nombreuses espèces, comme les sapins communs. Mais les chercheurs veulent aller plus loin. Pendant deux jours, des forestiers venus d’Espagne, du Portugal, d’Andorre et de France échangent leurs observations. L’enjeu est de taille : savoir ce qui pourrait arriver dans 30 ou 40 ans. Une chercheuse espagnole explique que les conditions de sécheresse déjà visibles dans le sud de l’Europe sont une sorte d’avant-goût pour les régions plus au nord, comme la Galice. Sous la serre, les jeunes pins sont plantés serrés entre des cyprès pour coller au plus près de la réalité. Ceux qui reçoivent le plus d’eau sont grands et verts. Ceux qui en ont le moins montrent des aiguilles rachitiques, concentrées seulement au sommet.
Mais attention, pas question de tout chambouler du jour au lendemain. Les forestiers le reconnaissent : on ne va pas replanter toutes les surfaces forestières avec de nouvelles essences, ce serait trop coûteux et pas forcément efficace. L’idée est plutôt d’adapter progressivement. Par exemple, faire migrer des espèces plus résistantes vers le nord ou ajuster les coupes d’arbres pour mieux protéger les jeunes pousses du soleil tout en leur laissant assez de lumière. Parfois, la nature fait elle-même le tri. Les arbres qui survivent aux sécheresses transmettent leurs gènes de résistance. Une lente sélection naturelle qui, espèrent les scientifiques, pourrait renforcer les forêts sur le long terme. En France, la mortalité des arbres a déjà doublé en dix ans à cause des vagues de chaleur et du manque d’eau. L’urgence est là, mais la solution ne se trouve pas dans une baguette magique.
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