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La Corse veut son autonomie, les députés ouvrent la voie

L’Assemblée nationale a donné son feu vert à une réforme historique pour l’île de Beauté. Mais le chemin est encore long et les obstacles nombreux.

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La Corse veut son autonomie, les députés ouvrent la voie

L’Assemblée nationale a donné son feu vert à une réforme historique pour l’île de Beauté. Mais le chemin est encore long et les obstacles nombreux.

Mardi, les députés ont approuvé une modification de la Constitution qui pourrait accorder à la Corse des pouvoirs jamais vus en métropole. Avec 271 voix pour et 202 contre, le texte prévoit que l’île puisse adapter les lois nationales à ses spécificités, voire créer ses propres textes législatifs, sous le contrôle du Conseil constitutionnel ou du Conseil d’État. La ministre de la Décentralisation Françoise Gatel a salué une étape importante pour la Corse et la démocratie. Gérald Darmanin, qui avait lancé ce chantier après les violences liées à l’emprisonnement du militant indépendantiste Yvan Colonna, a tweeté que la promesse était tenue.

Concrètement, ce pouvoir de dérogation viserait des domaines comme l’aménagement du territoire, le tourisme ou le développement économique. Le rapporteur Florent Boudié a rappelé que la Corse est une île-montagne avec des contraintes uniques. Un député a lancé une formule choc : personne ne peut croire que le code d’urbanisme doit être le même à Rueil-Malmaison qu’à Ajaccio. Les compétences régaliennes, comme la sécurité, la défense ou la justice, sont en revanche exclues. Mais le texte parle aussi d’une communauté insulaire avec un lien singulier à la terre corse. Cette formulation fait bondir certains constitutionnalistes, comme Benjamin Morel, qui y voit une brèche vers le communautarisme. D’autres élus, comme François-Xavier Ceccoli, redoutent des pressions accrues du crime organisé sur les futurs décideurs locaux.

Le vote a rassemblé une étrange alliance. La majorité macroniste a soutenu le texte, malgré quelques abstentions. La gauche aussi a basculé : la plupart des socialistes, écologistes et surtout les Insoumis ont voté pour. Eric Coquerel a appelé à un signal fort, tandis que Jean-Luc Mélenchon promet une autonomie étendue en cas de victoire présidentielle. En face, le Rassemblement national a voté contre. Stéphane Rambaud a jugé que le texte ne résoudrait rien et proposait des dérogations sans transfert législatif, avec une priorité régionale pour l’emploi et le logement. Mais le vrai obstacle sera le Sénat, dominé par la droite. Bruno Retailleau, le patron des Républicains, s’y est déjà opposé, craignant plus de frustrations que de solutions. Et même si les deux chambres s’accordent, il faudra encore une majorité des trois cinquièmes au Congrès à Versailles. Une étape qui semble très incertaine.

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