Politique
Dans les montagnes du Nouristan, des femmes cultivent la fierté de nourrir leur famille
Habiba se lève avant l’aube pour cultiver blé et haricots dans son village isolé à 2 900 mètres d’altitude. Loin des projecteurs, ces agricultrices…


Habiba se lève avant l’aube pour cultiver blé et haricots dans son village isolé à 2 900 mètres d’altitude. Loin des projecteurs, ces agricultrices afghanes sont les piliers invisibles de la survie de leur communauté.
Habiba a 46 ans et des mains usées par le travail de la terre. Dans son village d’Eshtiwi, perché entre des sommets enneigés et une rivière impétueuse, elle cultive blé, haricots, pommes de terre et maïs sans aucun outil motorisé. Le matin, elle prépare un ragoût de haricots rouges et du pain fait maison avec la farine de son propre blé. Quand ses enfants et petits-enfants dévorent ce qu’elle a produit, elle se sent remplie de fierté. Son rêve serait un tracteur, mais financièrement c’est impossible.
Le rôle de ces femmes est pourtant essentiel. Les hommes du village le reconnaissent sans difficulté. Eux s’occupent de l’élevage des chèvres et des vaches, et de la collecte du bois pour les six mois d’hiver. Mais ce sont les femmes qui sont maîtresses des champs. « Si les femmes ne récoltaient pas le blé et les autres cultures, nous n’aurions plus à manger dès le milieu de l’hiver », explique Mohammad Yahya Faizi, un volontaire local. Najia, une paysanne de 28 ans qui parle cinq langues, insiste : même sans les hommes, elles peuvent générer leurs revenus avec leurs propres mains.
Mais le métier est éprouvant. Habiba confie que ses mains pèlent et que son dos et ses jambes lui font mal. À 70 ans, Bibi Jan travaille encore dur parce qu’il y a des enfants à nourrir. En plus de la difficulté physique, l’enclavement du village complique tout. Il faut plus de 15 heures de route depuis Kaboul sur une piste de terre. Les agricultrices dépendent de négociants de passage qui proposent des prix trop bas. Najia raconte qu’elle doit vendre ses pommes de terre à un prix bien inférieur à ce qu’il lui faudrait pour vivre. La guerre avec le Pakistan a fermé la frontière, laissant les haricots invendus.
Le changement climatique ajoute une angoisse supplémentaire. Moins de neige, moins de pluie, ou des précipitations violentes qui détruisent les récoltes. L’Afghanistan ne produit presque rien en termes d’émissions de gaz à effet de serre, mais il paie le prix le plus lourd. Les villageois tentent des expérimentations comme le stockage de neige et la reforestation avec l’aide de l’ONU. Malgré tout, Habiba et ses voisines aiment travailler dehors ensemble. Elles s’entraident. Et comme le dit Najia, ce qu’elles cultivent de leurs mains est très sain, bien loin de la nourriture industrielle.
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