Europe
Andy Burnham ose rouvrir le dossier européen et évoque un retour dans l’UE
Le Premier ministre britannique a brisé un tabou en citant publiquement, parmi d’autres pistes, une réadhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne. Une…


Le Premier ministre britannique a brisé un tabou en citant publiquement, parmi d’autres pistes, une réadhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne. Une prise de parole qui passe très mal chez les partisans du Brexit.
Depuis la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne en 2020, aucun chef de gouvernement britannique n’avait osé remettre le sujet sur la table. Le référendum de juin 2016 avait coupé le pays en deux, et le dossier est resté si inflammable que chacun préférait l’éviter. Andy Burnham vient de changer la donne. Arrivé à Downing Street en juillet après la démission de Keir Starmer, le travailliste a relancé l’idée d’un retour dans l’UE, en la présentant comme une option parmi d’autres.
Il en a parlé devant les militants de son parti, pendant le congrès du Labour. Son intention est de soumettre « différentes options » sur les relations de long terme avec les Européens, à l’occasion d’un sommet bilatéral attendu avant la fin de l’année. Interrogé au micro d’une radio britannique, il a déroulé les scénarios possibles. Rester où l’on en est. Rejoindre l’union douanière. Rejoindre le marché unique. Ou aller jusqu’au bout, c’est-à-dire réintégrer l’Union européenne. « Nous devons examiner ce qui est réalisable ainsi que les avantages et les inconvénients », a-t-il expliqué, en jugeant qu’il n’était « pas satisfaisant de laisser cette question en suspens ». Il n’a pas dit quelle piste il préférait. Mais celui qui avait milité contre le Brexit en 2016 a estimé que la sortie de l’UE avait « fait plus de mal que de bien » au pays. Avant d’entrer à Downing Street, il avait même confié espérer un retour du Royaume-Uni dans l’UE « de son vivant ».
Ces propos ont immédiatement fait bondir les partisans du Brexit. Richard Tice, numéro deux du parti nationaliste Reform UK, a parlé de « trahison ». Alex Burghart, numéro deux des conservateurs, lui reproche de vouloir « rouvrir de vieilles blessures » alors qu’il n’a « pas de plan » pour le pays.
L’opinion, elle, a bougé. Dix ans après un vote arraché à une courte majorité, avec 51,9 % des suffrages, une enquête publiée début juin donne 55 % des électeurs prêts à se prononcer pour un retour dans le bloc en cas de nouveau référendum. Pour David Henig, du centre de réflexion European Centre for International Political Economy, basé à Bruxelles, le Premier ministre ne fait que constater un sentiment largement partagé, celui d’un Brexit raté. S’il ne réclame pas ouvertement une réadhésion, c’est par crainte de raviver les déchirures du passé, ajoute-t-il. Anand Menon, chercheur au King’s College de Londres, se montre tout aussi prudent et rappelle que tout ce qui a été dit, c’est qu’on allait en discuter. Beaucoup de membres du gouvernement, souligne-t-il, ne veulent pas voir le chef de l’exécutif gaspiller temps et énergie sur l’Europe, alors que les Britanniques ont des urgences bien concrètes, le pouvoir d’achat, l’immigration ou la santé.
Le Labour avait remporté les élections de 2024 en promettant un rapprochement avec l’Union européenne, tout en excluant un retour dans l’union douanière, le marché unique ou la libre circulation des personnes. Sur le terrain, ce rapprochement avance lentement. Un premier sommet entre Londres et Bruxelles, en mai 2025, a débouché sur un « nouveau partenariat stratégique » surtout tourné vers la défense, et ouvert la voie à un allègement des barrières commerciales. La suite devait s’écrire en juillet, mais le rendez-vous a été repoussé après la démission de Keir Starmer. L’ambassadeur de l’Union européenne à Londres, le Finlandais Jukka Salovaara, s’est dit confiant dans une tenue en novembre. Une source officielle européenne évoque une atmosphère « manifestement positive » et une vraie volonté de réussir ce sommet. Reste un point de friction, la politique européenne de soutien au « made in Europe », à laquelle le Royaume-Uni aimerait être associé pour protéger son industrie.
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