Europe
À Scy-Chazelles, la maison de Robert Schuman attend la visite du pape
Le pape Léon XIV se rend le 28 septembre à Metz pour honorer Robert Schuman, figure discrète de la construction européenne dont la mémoire reste très…


Le pape Léon XIV se rend le 28 septembre à Metz pour honorer Robert Schuman, figure discrète de la construction européenne dont la mémoire reste très vivante dans le village lorrain où il a vécu près de quarante ans. Un hommage qui tombe en pleine procédure de béatification, sans que le souverain pontife s’y mêle directement.
Perché sur le mont Saint-Quentin, à quelques kilomètres de Metz, Scy-Chazelles compte environ 2 800 habitants. C’est là, dans une bâtisse devenue musée, que Robert Schuman a choisi de s’installer en 1926. Il y est resté jusqu’à sa mort, à 77 ans. Photos, piano, bibliothèque, archives de son action européenne, la maison donne à voir l’intimité d’un homme dont le nom reste attaché à la déclaration du 9 mai 1950, travaillée entre ces murs. Ce texte a ouvert la voie à la Communauté européenne du charbon et de l’acier, première pierre de la construction européenne. Juste à côté, un centre revient de façon pédagogique sur la réconciliation franco-allemande et la naissance de l’Union européenne.
Pas de culte excessif pour autant, mais une présence qui ne se dément pas. Le curé de la commune depuis dix ans, Jérôme Petitjean, résume la situation en disant que le responsable politique reste dans les mémoires et dans les cœurs, qu’on y fait souvent référence et qu’il est incontournable. Il lui arrive de l’évoquer dans ses sermons, décrivant un homme authentique et modeste. Chez les plus jeunes aussi, le nom circule. Amandine Kieffer, la vingtaine, croisée dans la ville, raconte que tout le monde le connaît ici, à Metz et dans toute la région, parce que chaque classe a un jour visité sa maison.
Son parcours, lui, épouse les fractures du siècle. Né allemand au Luxembourg, Robert Schuman grandit dans une zone frontalière où se croisent influences françaises, allemandes et luxembourgeoises. La mort de son père quand il a 14 ans, puis celle de sa mère dix ans plus tard, le poussent un temps à envisager la prêtrise. Il devient finalement avocat et s’installe à Metz en 1912. Devenu Français à l’issue de la Grande Guerre, qu’il n’a pas combattue pour raisons de santé, il est élu député en 1919. Célibataire toute sa vie, il place la réconciliation entre les peuples au centre de son engagement, mêlant largement foi et politique.
Les années sombres restent délicates à lire. Nommé sous-secrétaire d’État aux réfugiés en mars 1940 dans le gouvernement de Paul Reynaud, il vote ensuite les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, comme l’immense majorité des députés. Emprisonné en septembre, il s’évade et entre dans la clandestinité. Après la guerre, l’étiquette de produit de Vichy lui colle à la peau et seule l’intervention du général de Gaulle lui permet de revenir en politique. Il enchaîne alors les postes de ministre et de chef du gouvernement sous la IVe République, avant de présider l’assemblée parlementaire européenne.
Le 28 septembre, à Metz, le pape Léon XIV doit saluer l’héritage de celui qu’on surnommait le saint en veston. Dans un contexte géopolitique bousculé, il veut dire à l’Europe de retrouver les fondements premiers exprimés dans la déclaration de 1950, selon Antoine Hérouard, premier vice-président de la Commission des épiscopats de l’Union européenne. Une phrase du texte résonne encore, celle qui affirme que la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.
Le souverain pontife ne se recueillera pas sur la tombe de Schuman, en l’église Saint-Quentin de Scy-Chazelles, comme cela avait un temps été envisagé. Il ne souhaite pas s’ingérer dans le processus de béatification, rapporte Antoine Hérouard. François, prédécesseur de Léon XIV, avait reconnu en 2021 les vertus héroïques de Robert Schuman, lui accordant le titre de vénérable. Cette étape précède la béatification, qui exige un miracle, et il en faut un second, validé, pour atteindre le statut de saint. L’abbé Petitjean résume la situation à sa manière, en pointant que la balle reste dans le camp du Bon Dieu. Il espère que la visite pontificale élargira la notoriété du père de l’Europe et ouvrira la voie à un miracle obtenu par son intercession.
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