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Économie

_**Airbus estime que le Scaf doit être repensé à la lumière des leçons de la guerre en Ukraine**_

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_**Le programme du futur avion de combat européen, miné par les dissensions franco-allemandes, ne correspond plus aux réalités du champ de bataille moderne, a déclaré le patron d’Airbus.**_

Le programme Scaf, qui doit donner naissance à l’avion de combat européen de nouvelle génération, doit être entièrement revu en raison des enseignements tirés du conflit ukrainien, a estimé mercredi le président exécutif d’Airbus, Guillaume Faury. S’exprimant lors du sommet sur la défense organisé par son groupe à Manching, en Allemagne, il a souligné que ce projet avait été élaboré avant le déclenchement de la guerre, sur la base de postulats désormais caducs.

Jusqu’à présent, les débats autour du Scaf se focalisaient principalement sur les querelles industrielles et les questions de gouvernance entre Dassault Aviation, chef de file côté français, et Airbus, qui représente les intérêts de l’Allemagne et de l’Espagne. Mais l’utilisation massive de drones en Ukraine, ainsi que les conflits au Moyen-Orient, poussent désormais les experts à s’interroger sur le rôle futur des avions de combat.

« L’avion de combat sera-t-il vraiment la plateforme dominante dans les années à venir ? Rien n’est moins sûr. Face à une armée de drones, il ne pourra pas faire grand-chose », a commenté Antoine Kimmel, expert en aérospatiale et défense au sein du cabinet Roland Berger. « On se trompe de débat, car ce n’est pas le sujet majeur de la défense aérienne de demain », a-t-il ajouté.

Pour Guillaume Faury, il est préférable d’affronter dès à présent les difficultés et les réalités auxquelles le Scaf devra faire face au cours de la prochaine décennie, plutôt que de devoir rectifier le tir une fois le programme déjà très avancé. Le Scaf, dont la mise en service est prévue à l’horizon 2040, doit succéder aux Rafale et aux Eurofighter grâce à un système connecté comprenant un avion de nouvelle génération, des drones et un dispositif de combat numérique.

Mike Schoellhorn, responsable de la branche Airbus Defense and Space, a estimé que développer un seul appareil devenait problématique alors que les différentes armées de l’air expriment des besoins nettement distincts. « On a tenté d’intégrer les besoins opérationnels dans un seul design d’avion de combat. Cela aboutit à un compromis qui est de moins en moins acceptable aujourd’hui, alors que les armées sont prêtes à s’en servir. Ce n’était pas l’état d’esprit en 2017 », a-t-il déclaré.

Lancé en 2017 par le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, puis renforcé par l’Espagne deux ans plus tard, le Scaf incarne la coopération en matière de défense entre la France et l’Allemagne. Les deux puissances européennes cherchent ainsi à présenter un front uni face à une Russie hostile et à un engagement américain de plus en plus hésitant en matière de sécurité européenne. Une médiation visant à réconcilier les industriels est actuellement en cours.

« Nous rencontrons une difficulté sur l’un des piliers du programme. Ce n’est pas le plus simple », a reconnu Guillaume Faury en évoquant l’avion de combat. Il a souligné qu’un autre défi du Scaf résidait dans la nécessité de travailler ensemble avec des méthodes de fonctionnement similaires, faisant allusion à Dassault, qui refuse d’être un leader minoritaire et réclame une évolution de la gouvernance. « Le Scaf est plus qu’un avion de combat. C’est une approche fondée sur un système de systèmes, et la plupart des piliers du programme fonctionnent très bien », a conclu Mike Schoellhorn.

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