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Politique

La bataille culturelle s’invite dans la course à l’Élysée

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Au-delà des clivages politiques traditionnels, un conflit autour des valeurs et de l’influence dans les secteurs culturels gagne en intensité à mesure que se profile l’élection présidentielle de 2027.

L’affrontement a connu un nouveau chapitre ce week-end lorsque Maxime Saada, à la tête de Canal+, a annoncé la fin de la collaboration avec six cents professionnels du cinéma. Ces derniers avaient signé une tribune dénonçant l’influence de Vincent Bolloré, l’actionnaire principal de la chaîne. Les figures politiques, parmi lesquelles plusieurs candidats déclarés à la présidentielle, n’ont pas tardé à réagir. Jean-Luc Mélenchon, représentant de La France insoumise, a reproché à l’homme d’affaires breton de chercher à exercer un pouvoir sur la création cinématographique. Léa Balage El Mariky, porte-parole des écologistes à l’Assemblée nationale, a estimé que cette situation marquait le début d’un conflit ouvert avec Bolloré.

Les formations de droite ont adopté un ton plus mesuré envers Canal+. Sébastien Chenu, député du Rassemblement national, a critiqué les propos jugés excessifs des signataires de la tribune, qu’il a qualifiés d’antifas de festival. David Lisnard, candidat libéral à la présidence, a pour sa part estimé que ces professionnels auraient mieux fait de garder le silence. Un épisode similaire s’était produit en avril dans une autre entité de l’empire Bolloré, la maison d’édition Grasset. Deux cents auteurs avaient annoncé leur départ pour protester contre le licenciement de son directeur général, Olivier Nora.

Un climat politique tendu imprègne ces événements, selon une ministre macroniste. Elle rappelle que la commission d’enquête sur l’audiovisuel public a laissé des séquelles. La culture se retrouve prise dans ce jeu politique, même si elle ne figure pas parmi les préoccupations premières des Français, qui placent le pouvoir d’achat, la sécurité, l’environnement ou la santé en tête de leurs priorités. Le politologue Emmanuel Rivière souligne toutefois que des partis comme le Rassemblement national savent que la culture mobilise leur électorat. Jordan Bardella, président du RN, a récemment répété que l’élection de 2027 serait un choix de civilisation.

Les lignes de fracture s’organisent désormais davantage autour des systèmes de valeurs que des positions économiques, note Emmanuel Rivière. Si les élites culturelles sont souvent associées à la gauche, une partie de la droite a investi le terrain des controverses culturelles avec un sentiment de revanche. Aux États-Unis, la guerre culturelle est un phénomène ancien, opposant Républicains et Démocrates sur ce qui doit être exposé dans les musées, montré au cinéma ou enseigné dans les livres. En France, l’extrême droite a depuis longtemps repris le concept d’hégémonie culturelle du philosophe marxiste italien Antonio Gramsci, considéré comme un préalable à la conquête du pouvoir.

Cette bataille se manifeste également dans le succès du Canon français, une entreprise qui organise des banquets célébrant les valeurs françaises et que certains accusent de promouvoir un projet identitaire. Le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin y a investi. La gauche tente elle aussi de s’imposer dans cet espace. François Ruffin, ancien insoumis et candidat à la présidentielle, appelle à ne pas laisser la droite s’approprier le récit national. Il a évoqué en janvier la nécessité d’un Puy du Fou de gauche, en référence au parc d’attractions vendéen créé par Philippe de Villiers. Matthieu Pigasse, banquier d’affaires engagé à gauche, revendique également une bataille culturelle à travers son groupe Combat, propriétaire des Inrockuptibles, de festivals de musique et de Radio Nova.

Ces acteurs économiques devraient peser dans la campagne présidentielle. Vincent Bolloré est accusé de servir les intérêts de la droite dure via ses médias CNews et Europe 1. Matthieu Pigasse entretient le mystère sur ses propres ambitions élyséennes. Il a déclaré début mai ne rien exclure et se tenir à la disposition de tous face à la menace existentielle que représenterait une victoire de l’extrême droite.

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