Économie
Gazoduc sino-russe : un projet phare dans l’impasse

Alors que Moscou et Pékin ne cessent de célébrer leur partenariat stratégique, la concrétisation du gazoduc Force de Sibérie 2 bute sur les réticences chinoises. Ce projet, crucial pour la Russie frappée par les sanctions, illustre les tensions entre ambitions affichées et intérêts économiques.
Long de 2 600 kilomètres, cet ouvrage doit relier la péninsule de Yamal, dans le Grand Nord sibérien, à la Chine en traversant la Mongolie. Sa capacité annuelle de transport est estimée à 50 milliards de mètres cubes, soit environ 12 % de la consommation chinoise prévue pour 2025. La Russie en fait une priorité absolue depuis la perte d’une grande partie de son marché gazier européen, conséquence de son offensive en Ukraine et des sanctions occidentales qui ont suivi. Un premier gazoduc, Force de Sibérie 1, fonctionne déjà depuis 2019 avec un débit de 38 milliards de mètres cubes par an.
Pour Moscou, cet investissement représente un enjeu existentiel. Il s’agit de compenser l’effondrement des livraisons vers l’Europe en trouvant un débouché massif à l’Est. Pékin, de son côté, voit dans ce projet un moyen de renforcer sa sécurité énergétique en diversifiant ses sources d’approvisionnement et en réduisant sa dépendance aux routes maritimes. Mais la Chine, en position de force, refuse de se précipiter. Les négociations butent principalement sur la fixation du prix du gaz, un sujet sensible que Pékin entend maîtriser.
Le chantier n’a toujours pas démarré, malgré l’annonce en 2023 d’un accord de trente ans entre le géant russe Gazprom et le groupe chinois CNPC. Ce texte, censé servir de base juridique au projet, n’a pas suffi à lever les blocages. La Chine a longtemps adopté une posture d’attente, estimant pouvoir se passer de cet approvisionnement. La donne pourrait toutefois évoluer avec la volatilité récente des marchés énergétiques, liée aux tensions au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz. Moscou espère que ces turbulences pousseront Pékin à accélérer.
Les experts restent divisés sur l’issue de cette visite. Certains jugent les chances de progrès élevées, d’autres rappellent que le premier gazoduc a nécessité vingt ans de négociations. La Chine a déjà considérablement accru ses achats d’hydrocarbures russes à prix réduit, multipliant par trois ses importations de gaz au premier trimestre 2026 par rapport à la même période en 2022. Cette dynamique renforce l’interdépendance entre les deux puissances.
Si Force de Sibérie 2 voyait le jour, il enverrait un signal fort aux Occidentaux. Il démontrerait que la Russie, malgré l’isolement diplomatique, reste capable de mener à bien des infrastructures d’envergure. Mais pour l’heure, toutes les cartes restent entre les mains de Pékin, qui entend négocier sans concession.

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