Faits Divers
Laëtitia face à ses bourreaux : l’emprise racontée sous les projecteurs de la justice


Devant la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence, une femme de 42 ans a livré un témoignage glaçant sur sept années de supplices infligés par son ex-compagnon, jugé pour viols accompagnés d’actes de torture ou de barbarie. La question du consentement divise profondément la défense et l’accusation.
À la barre, Laëtitia R. a décrit une relation amoureuse qui a très vite basculé dans l’horreur. La deuxième fois qu’ils se sont retrouvés, l’homme qu’elle aimait l’a frappée. La troisième fois, la violence était devenue insoutenable. Pendant sept ans, de 2015 à 2022, elle affirme avoir subi des humiliations quotidiennes, des sévices physiques et psychologiques, sous couvert d’une relation sadomasochiste. Guillaume B., 51 ans, ancien directeur d’agence bancaire, est aujourd’hui jugé pour viols accompagnés d’actes de torture ou de barbarie. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
La plaignante, ancienne préparatrice en pharmacie, a expliqué n’avoir jamais pratiqué le BDSM avant de rencontrer cet homme. Aujourd’hui reconnue handicapée entre 50 et 80 %, elle a raconté des rendez-vous hebdomadaires imposés par son bourreau. Il venait chaque lundi pour la frapper, l’humilier et récupérer l’argent qu’elle gagnait en se prostituant sous la contrainte. Des dizaines d’hommes ont ainsi été clients de ces relations tarifées, orchestrées par l’accusé.
Le débat central porte sur la notion de consentement. La défense affirme que Laëtitia a accepté ces pratiques. L’accusé lui-même a déclaré ne jamais l’avoir forcée, se défendant d’être un monstre. Il a assuré que l’emprise était désirée, non subie. Mais pour l’avocat de la plaignante, les milliers de messages téléphoniques échangés témoignent d’un contrôle absolu, empêchant toute tentative de fuite. La cour dispose également d’enregistrements audio des relations sexuelles, dont la présidente a annoncé qu’ils seraient diffusés pour permettre au public de juger par lui-même.
Des pratiques détaillées lors des débats ne sont pas contestées par la défense. Relations imposées avec des inconnus, entailles au cutter, tatouage dégradant, zoophilie, consommation d’urine. La plaignante a affirmé n’avoir jamais eu le droit d’utiliser un mot de secours pour arrêter les sévices. Si elle disait stop, les punitions étaient pires. Elle a depuis acheté des livres sur les pratiques BDSM pour comprendre ce qui était légal ou non.
Plusieurs témoins sont venus décrire un homme charismatique et impulsif. Une amie de la victime a fini par alerter la police en 2022, ce qui a conduit à l’interpellation de Guillaume B. Lors des perquisitions, des armes à feu non déclarées ont été retrouvées près de son lit. Un ancien voisin du couple, qui a entretenu une relation avec la plaignante après les faits, a raconté avoir monté le son de la télévision pour couvrir ses cris de douleur. Il a dit aujourd’hui en avoir honte.
L’ex-femme de l’accusé, dont il a divorcé en 2015, a témoigné des violences qu’elle avait elle-même subies. Il la rabaissait, la menaçait avec un fusil de chasse, et à la fin de leur relation, il avait demandé à l’offrir à d’autres hommes. Leur fils, âgé de 17 ans, a décrit un père violent et autoritaire, se souvenant d’avoir vu sa belle-mère couverte de bleus.
Des membres d’un collectif féministe assistent au procès depuis lundi, brandissant des pancartes reprenant la formule de Gisèle Pélicot : la honte doit changer de camp.





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