Nous rejoindre sur les réseaux

Planète

Le conflit au Proche-Orient menace la migration des vautours égyptiens vers les Balkans

Article

le

Les ornithologues alertent sur le retard et la diminution des effectifs de cette espèce menacée, dont la route migratoire traverse désormais des zones de guerre.

Habituellement à cette période, les vautours égyptiens regagnent leurs sites de nidification dans les Balkans après un hiver passé en Afrique. Pourtant, cette année, un seul couple a été observé en Albanie. Les spécialistes attribuent cette situation au conflit qui sévit au Proche-Orient. Selon Nikolai Petkov, chef de projet à la Société bulgare pour la protection des oiseaux, la guerre s’ajoute aux dangers déjà présents le long de la route migratoire de cette espèce, dont une cinquantaine de couples résident une partie de l’année dans les Balkans.

Le vautour égyptien, de son nom scientifique Neophron percnopterus, est le plus petit des vautours européens. Avec une taille comprise entre soixante et soixante-quinze centimètres, il se distingue par sa tête jaune et son plumage blanc bordé de noir. Sa route migratoire est déjà semée d’embûches comme les poisons, le braconnage ou les risques d’électrocution. Mais cette année, il doit également traverser des régions en proie aux combats pour rejoindre ses lieux de reproduction dans les Balkans.

Xhemal Xherri, ornithologue travaillant pour l’organisation de protection et de préservation de l’environnement naturel en Albanie, explique que les bombardements perturbent non seulement les vautours égyptiens mais aussi de nombreux autres oiseaux. Les explosions détruisent leurs zones de repos potentielles le long de leur itinéraire. Deux fois par an, ces rapaces parcourent près de cinq mille kilomètres entre leurs zones de nidification dans les Balkans et l’Afrique.

Le Proche-Orient constitue un couloir migratoire essentiel, et les hostilités peuvent affecter gravement une population déjà très affaiblie, classée en voie de disparition sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature. M. Xherri, qui scrute le ciel avec ses jumelles, indique avoir observé la présence d’un ou deux couples déjà installés dans le sud de l’Albanie, mais constate l’absence ou le retard d’autres couples ou individus. Il s’agit d’un signal d’alarme, car l’espèce est en déclin dans tous les pays des Balkans. En trente ans, la région a perdu quatre-vingts pour cent de sa population, s’alarme M. Petkov.

En Albanie, les treize sites où des vautours étaient visibles il y a quelques années ont été réduits à six ou sept. Repérer un couple revenu dans le pays est une tâche ardue. Il faut patienter des heures et se déplacer d’un endroit à un autre. Pourtant, M. Xherri est convaincu qu’ils sont de retour dans leur ancien nid. En fin d’après-midi, l’un d’eux survole le ciel à vive allure pour surveiller l’entrée de son nid, perché à plus de quatre cents mètres de hauteur. Le spécialiste se réjouit de cette bonne nouvelle et anticipe l’arrivée imminente du second oiseau.

Il est impossible de s’approcher ou de filmer ces animaux de près. Extrêmement sensible à la présence humaine, le vautour peut rapidement s’éloigner. Dans les Balkans, plusieurs organisations non gouvernementales œuvrent pour la préservation et la réintroduction de l’espèce, en créant des zones de sécurité pour leur permettre de se reposer et de se reproduire. Les ornithologues de la région collaborent également avec des partenaires en Afrique et au Proche-Orient, dans l’espoir de sauver ce rapace essentiel aux écosystèmes. En éliminant les charognes, il limite en effet la propagation de nombreuses maladies.

L’impact des conflits actuels sur la migration des vautours ne sera connu avec certitude qu’à la fin de l’été. Mais les ornithologues, les bergers et les passionnés d’oiseaux rencontrés sur place en sont certains, le nombre d’individus sera moindre. Raimond Kola, photographe animalier vivant à Gjirokastra, une région du sud du pays habituellement riche en oiseaux migrateurs, déplore que les guerres ne tuent pas seulement des êtres humains mais détruisent tout, y compris le ciel.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus