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À Damas, le plein d’électrons remplace le plein d’essence

Le carburant coûte cher et sa qualité dérape. En Syrie, les automobilistes se tournent vers des voitures électriques, souvent chinoises, pour alléger la…

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À Damas, le plein d'électrons remplace le plein d'essence

Le carburant coûte cher et sa qualité dérape. En Syrie, les automobilistes se tournent vers des voitures électriques, souvent chinoises, pour alléger la facture.

Mohammad Kanaan arbore un large sourire au volant de sa berline électrique flambant neuve. Dans les rues de Damas, où circulent encore quantité de véhicules fatigués, sa Changan fait figure d’exception. Ce quadragénaire a rangé son ancienne voiture à essence et fait poser une borne de recharge chez lui. « Les prix ont grimpé récemment et le carburant est devenu mauvais », lâche-t-il.

Son choix n’a rien d’un caprice. La flambée des cours du pétrole, provoquée par le conflit au Moyen-Orient, a renchéri l’essence, et les chauffeurs de taxi syriens sont nombreux à avoir sauté le pas de l’électrique, le plus souvent de fabrication chinoise. Le décor a changé vite. Avant la chute de Bachar al-Assad fin 2024, les voitures neuves étaient rares à Damas. Les droits d’importation pouvaient atteindre 100 % et les sanctions internationales, instaurées avec la guerre civile en 2011, avaient presque coupé le pays de ses achats à l’étranger. Avec les nouvelles autorités islamistes, beaucoup de pays ont levé ces mesures progressivement, et quelque 100 000 véhicules ont débarqué sur le marché en moins de cinq mois.

Tout le monde n’en profite pas. Une voiture neuve, électrique comprise, reste hors de portée pour une large partie de la population, dont la majorité est passée sous le seuil de pauvreté pendant le conflit. Le réseau de recharge, lui, demeure maigre, et les coupures de courant persistent, même si l’approvisionnement s’est récemment amélioré à Damas, les autorités s’efforçant de remettre les infrastructures à niveau. Prudents, certains automobilistes ont installé des bornes qui fonctionnent à l’énergie solaire.

Les chiffres plaident pour l’électrique. Un trajet de 200 kilomètres coûtait 26 dollars d’essence à Mohammad Kanaan. La recharge lui revient à six dollars. La marche est d’autant plus haute que le carburant pose problème. En septembre, la décision du gouvernement de majorer le prix de l’essence de 26 %, pour suivre les cours mondiaux, a déclenché des manifestations dans plusieurs régions. Et il y a quelques semaines, un lot de carburant défectueux a immobilisé des centaines de véhicules. Le ministère de l’Énergie a admis une « erreur » et promis une enquête, avec des indemnités pour les automobilistes lésés.

Petit producteur de pétrole, la Syrie importe l’essentiel de ce qu’elle consomme. Les pénuries reviennent donc régulièrement, avec leur cortège de files d’attente devant les stations-service. De quoi pousser les acheteurs vers d’autres solutions. Dans un espace d’exposition près de Damas, Hamza Sokkar, 25 ans, déambule entre les dizaines de modèles électriques importés par l’entreprise familiale. « Depuis près de huit mois, la demande de voitures électriques et d’hybrides rechargeables augmente à cause du prix de l’essence et de sa mauvaise qualité », explique le commerçant. Le tarif aide beaucoup. Le modèle le moins cher s’affiche à 9 000 dollars, contre plus de 12 000 pour une thermique. Résultat, trois à quatre ventes d’électriques pour une à essence, même si le parc syrien reste très majoritairement composé de voitures à carburant.

La bascule dépasse les frontières syriennes, puisqu’une voiture neuve sur quatre vendue dans le monde en 2025 était électrique. À Damas, l’application de taxis Yalla Go observe le même mouvement. Le nombre de véhicules électriques de sa flotte a bondi d’environ 20 % ces derniers mois, précise le responsable opérationnel Rami al-Hamad. Ahmad al-Lahham, chauffeur depuis trois mois, savoure des coûts allégés, et ses passagers apprécient le confort d’une voiture neuve. « Tout le monde est heureux », résume-t-il.

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