Europe
En Serbie, les étudiants font tomber quatorze ans de pouvoir et promettent une loi valable pour tous
Deux ans de manifestations contre la corruption ont fini par payer. La liste portée par le mouvement étudiant remporte largement les législatives serbes…

Deux ans de manifestations contre la corruption ont fini par payer. La liste portée par le mouvement étudiant remporte largement les législatives serbes et promet de reconstruire un État de droit.
Les chiffres sont tombés dans la nuit et ils sont sans appel. Selon l’ONG Cesid, qui a sondé 96 % des votants, la liste étudiante a récolté 52,9 % des suffrages dimanche, loin devant les 38,8 % du Parti progressiste serbe (SNS) sortant. En sièges, cela donne 140 sur les 250 que compte le Parlement, contre 103 pour la formation d’Aleksandar Vucic. La participation, estimée à 69,3 %, atteint un record depuis plus de trente ans pour ces législatives anticipées, suivies avec attention bien au-delà des Balkans.
Le dirigeant nationaliste n’a pas traîné. Moins de deux heures après la fermeture des bureaux de vote, celui qui pesait sur la vie politique du pays depuis quatorze ans a reconnu sa défaite. Un geste qui a surpris plus d’un observateur, tant son pouvoir s’était durci au fil des mandats. À Moscou, le Kremlin a réagi dès lundi en espérant que les nouveaux dirigeants comprennent que la coopération avec la Russie servirait l’intérêt de leur pays. Un rappel à peine voilé, alors que Vucic était réputé proche du pouvoir russe.
Du côté de Bruxelles, l’accueil est nettement plus chaleureux. La campagne étudiante a justement esquivé les questions de politique étrangère pour se concentrer sur les affaires intérieures, la refonte des institutions et l’État de droit. Un programme qui, selon l’analyste Dejan Vucicevic, rapprocherait la Serbie de son adhésion à l’Union européenne. Ursula von der Leyen n’a pas attendu pour le dire. La présidente de la Commission européenne a écrit dimanche soir sur X que l’UE était prête à faire avancer l’avenir de la Serbie au sein du bloc.
Cette bascule est l’aboutissement de presque deux ans de mobilisation. Tout est parti en 2024 de l’effondrement d’un auvent à la gare de Novi Sad, dans la deuxième ville du pays, tout juste rénovée. Seize personnes y ont perdu la vie. Pour les étudiants, ce drame découlait directement d’une corruption installée à tous les étages de l’État. De là est née une contestation qui n’a plus lâché prise, jusqu’à la démission d’Aleksandar Vucic de son second mandat présidentiel début septembre, afin de mener lui-même la campagne de son camp.
Leur force tient peut-être à leur forme. Réunis en une force politique hétéroclite, les étudiants ont présenté une liste unique, sans chef de file, avec des candidats issus de la société civile dont le seul ciment était l’envie de battre le SNS. Dimanche soir, devant des militants et leurs ballons colorés, Ilija Srdanovic a lancé que le pays n’aurait plus jamais de tyran. Dans les artères du centre de la capitale, une étudiante en larmes, Suzana Mila Martic, confiait se sentir enfin dans un pays libre, sous un concert de klaxons qui a duré toute la nuit.
Le plus dur commence maintenant. Radomir Saicic, autre représentant du mouvement, annonce dès lundi un travail sérieux, responsable et acharné pour bâtir une Serbie où la loi s’applique de la même façon à chacun. L’élan reste pourtant fragile. Dejan Vucicevic prévient que cette expérience de démocratie capable d’arracher plus de la moitié des voix ne fonctionnerait pas forcément à l’identique ailleurs. Ferenc Nemeth, de l’Institut hongrois des affaires internationales, y voit de fortes ressemblances avec la chute de Viktor Orban plus tôt cette année, et rappelle une règle simple. Plus les attentes sont hautes, plus la déception guette. En Hongrie, des signes d’impatience pointaient déjà.
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