Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

À Lamu, une raffinerie géante s’installe sans demander l’avis des habitants

Des habitants de l’île kényane de Lamu découvrent qu’une immense raffinerie va sortir de terre près de chez eux, sans qu’ils aient jamais été consultés.…

Article

le

À Lamu, une raffinerie géante s'installe sans demander l'avis des habitants

Des habitants de l’île kényane de Lamu découvrent qu’une immense raffinerie va sortir de terre près de chez eux, sans qu’ils aient jamais été consultés. Entre les promesses du président et la colère locale, le projet attise les tensions.

À Lamu, sur la côte nord-est du Kenya, la nouvelle a de quoi faire grincer des dents. Cette île historique a été choisie pour accueillir la deuxième plus grande raffinerie de pétrole du continent, portée par le groupe du milliardaire nigérien Aliko Dangote, avec une capacité annoncée de 700.000 barils par jour. Sauf que la décision n’a été rendue publique que ces dernières semaines, et que les pelleteuses sont déjà à l’œuvre. Un chantier à 16 milliards de dollars, soit 14 milliards d’euros, présenté comme le plus important depuis l’indépendance du pays.

Face à la bronca, le président kényan William Ruto a tenté de calmer le jeu lors de la pose de la première pierre. Il a promis que les droits des riverains seraient protégés, que leur voix serait entendue dès à présent et même après la mise en service de la raffinerie, et que les questions foncières seraient traitées dans les règles. Les retombées environnementales et sociales, a-t-il assuré, seraient évaluées avec rigueur. Le chef de l’Etat vante un tournant décisif pour la souveraineté énergétique du Kenya et de l’Afrique.

La méfiance reste pourtant tenace. À la veille de la cérémonie, quelques dizaines d’habitants, d’opposants et de militants des droits humains se sont donné rendez-vous dans la vieille ville de Lamu, un joyau bâti au XIIe siècle et inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, pour scander « Haki Yetu », comprenez « Nos droits ». Ils dénoncent des autorités muettes. La sénatrice d’opposition Shakilla Mohamed veut croire que William Ruto ne mesurait pas l’ampleur du malaise et que la mobilisation est arrivée à point nommé, relevant même une certaine sincérité dans ses propos.

D’autres se montrent bien plus sévères. Khelef Khalifa, qui dirige l’ONG Muslims for Human Rights, balaie les déclarations présidentielles du revers de la main. À ses yeux, elles n’engagent à rien, signées par un politicien capable de dire n’importe quoi. Sa formule claque. On ne négocie pas après avoir paraphé un contrat, on négocie avant. Salwa Mahmoud, artiste de 25 ans présente au rassemblement, renchérit. L’étude d’impact environnemental, souligne-t-elle, aurait dû précéder le premier coup de pioche. Pour Said Hassan, à la tête de l’Alliance pour l’art et le théâtre de Lamu, le mal est fait et les promesses du pouvoir ne pèsent rien.

Le ton est d’ailleurs monté pendant la cérémonie. Toujours selon Said Hassan, le président, le gouverneur du comté et Aliko Dangote se sont montrés grossiers envers ceux qui contestent le projet. Le milliardaire nigérien a prévenu que les poursuites ne l’effrayaient pas et que quiconque chercherait des noises s’attirerait des ennuis. Le gouverneur Issa Timani a rangé les détracteurs dans la catégorie des ennemis de Lamu, et William Ruto a désigné comme racketteurs ceux qui financent les recours en justice. Une procédure est déjà engagée, des habitants s’estimant dépossédés de leurs terres.

Les craintes vont bien au-delà du foncier. Greenpeace estime que l’infrastructure met en danger un écosystème fragile. Les pêcheurs redoutent de ne plus pouvoir sortir en mer. Les professionnels du tourisme, eux, anticipent une fuite de leur clientèle. Ce secteur fait vivre 90% de l’île, rappelle Famau, qui voit mal ses visiteurs, venus chercher la culture, croiser demain des pétroliers au fil d’une balade en boutre.

Reste la promesse de 60.000 emplois, qui nourrit de grands espoirs. Beaucoup craignent toutefois que ces postes ne reviennent à des travailleurs venus d’ailleurs. Aliko Dangote a confirmé que la raffinerie devrait être opérationnelle dans 40 mois et annoncé l’ouverture d’un centre destiné à former un millier de personnes.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus