Économie
Face aux prédateurs étrangers, la France muscle ses défenses sans fermer la porte
Les tentatives de captation visant les entreprises françaises se multiplient et le gouvernement veut frapper plus fort. Mais Paris refuse de se couper des…


Les tentatives de captation visant les entreprises françaises se multiplient et le gouvernement veut frapper plus fort. Mais Paris refuse de se couper des investissements venus de l’étranger, jugés indispensables.
Le constat est sans appel et le ton ferme. Jeudi, à l’occasion des premières Assises de la sécurité économique organisées à Bercy, le ministre de l’Economie et des Finances Roland Lescure a tiré la sonnette d’alarme. Selon lui, certains Etats profitent de leur poids écrasant dans les échanges mondiaux, le système financier ou l’innovation technologique pour intimider ou piller. Une posture qui vise directement les entreprises françaises et leur capacité à grandir.
Les méthodes employées sont multiples. Il peut s’agir de tentatives de récupération de propriété intellectuelle, de partenariats déséquilibrés, d’attaques visant la réputation, d’espionnage ou encore d’actionnaires activistes cherchant à peser sur la stratégie d’une société. Les services de l’Etat ont traité 750 alertes de sécurité économique en 2025, soit trois fois plus qu’en 2020. Le ministère précise toutefois qu’une partie de cette hausse s’explique par une meilleure détection des menaces.
Les chiffres dessinent une menace qui s’élargit. Environ 80% des alertes concernent des petites et moyennes entreprises, et toutes les régions françaises sont touchées. Pour Roland Lescure, cette exposition tient à un paradoxe. Dans la course technologique que se livrent les pays, les entreprises françaises sont des challengeurs crédibles, donc des cibles. Le ministre évoque des risques à la fois plus nombreux, plus étendus, plus divers dans leurs origines et plus variés dans leurs modes d’action.
Face à cela, Bercy a publié sa doctrine. L’idée est de faire connaître ces règles aux entreprises, aux laboratoires de recherche et aux établissements d’enseignement supérieur, afin de mieux coordonner et accélérer la réaction entre le privé et les administrations. Un exercice délicat, car le gouvernement continue de courtiser les investisseurs étrangers. Roland Lescure l’assure, le dispositif a une vocation défensive et un système de protection réactif et ciblé est nécessaire pour préserver les technologies, les savoir-faire et les capacités qui feront vivre l’activité dans la durée. Ouverture et sécurité économiques peuvent, selon lui, se compléter, car les investissements et partenariats étrangers restent nécessaires pour accélérer le développement et l’innovation.
Dans le même temps, la direction générale du Trésor a présenté son rapport annuel sur le contrôle des investissements étrangers en France. L’activité y est restée élevée en 2025, avec un champ d’application élargi. Quelque 418 dossiers ont été soumis, contre 392 en 2024 et 309 en 2023. Près de la moitié ne nécessitaient finalement pas d’autorisation. Pour les autres, 167 investissements ont été validés, souvent accompagnés de conditions imposées à l’investisseur. Les deux tiers des investisseurs venaient de pays situés hors de l’Union européenne.
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