Planète
Le cadmium, un invité indésirable qui s’incruste dans nos assiettes

Présent dans les sols agricoles et difficile à éliminer, ce métal lourd contamine de nombreux aliments, exposant les consommateurs à des risques sanitaires à long terme.
Le cadmium, un métal lourd naturellement présent dans les sols mais aussi introduit par les engrais phosphatés, se retrouve dans une large gamme de produits alimentaires. Une récente expertise de l’agence sanitaire française confirme que l’alimentation constitue la principale voie d’exposition pour la population, ce métal étant toxique pour la reproduction et classé comme cancérogène en cas d’exposition prolongée. Pour réduire ce risque, l’agence recommande de limiter la teneur en cadmium des engrais minéraux et d’engager des actions pour diminuer durablement la contamination des terres agricoles.
Si la concentration naturelle du cadmium varie selon la nature géologique des sols, notamment sur les terrains calcaires de certaines régions, les apports anthropiques restent significatifs. Selon un chercheur de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), les engrais phosphatés représentent aujourd’hui entre 50 et 70 % des apports annuels de cadmium dans les sols. Toutefois, ces flux ne constituent qu’une infime partie du stock total, l’essentiel provenant de sources historiques telles que la composition naturelle du sol, les retombées atmosphériques de l’activité minière et industrielle, ou encore l’utilisation massive d’engrais phosphatés au cours du XXe siècle. Si ces apports se maintiennent, ils pourraient accroître le stock actuel d’environ 10 % d’ici un siècle, justifiant ainsi la volonté de réduire cette pollution.
Les technologies de dépollution des sols existent, mais elles restent largement inadaptées aux surfaces agricoles. Les techniques lourdes, qui nécessitent des équipements importants et des durées de traitement longues, perturbent l’exploitation des terres et peuvent dégrader la matière organique. Quant à la phytoremédiation, qui utilise des plantes pour extraire les métaux lourds, elle demeure au stade expérimental. Les espèces dites hyperaccumulatrices, capables de stocker de grandes quantités de cadmium dans leurs parties aériennes, sont rares et croissent lentement. Les plantes à forte biomasse, qui compensent une concentration moindre par un volume important, se heurtent à des difficultés de traitement des résidus contaminés. L’étude de 2013 menée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) soulignait déjà la nécessité de privilégier des espèces locales non attractives pour le bétail, afin d’éviter le retour des polluants dans la chaîne alimentaire.
Face à ces obstacles, les chercheurs privilégient des approches complémentaires. La réduction de l’utilisation des engrais phosphatés, déjà diminuée de 70 % depuis les années 1980, reste une priorité. L’Inrae préconise d’introduire dans les rotations culturales des plantes fixatrices d’azote ou de phosphore, comme les légumineuses ou le sarrasin. Parallèlement, le développement de variétés végétales qui accumulent moins de cadmium offre une piste prometteuse. Des travaux sur le blé dur ont ainsi identifié un gène favorisant la rétention du métal dans les racines, permettant d’obtenir des graines contenant deux à trois fois moins de cadmium. La décontamination des sols agricoles, elle, reste un objectif lointain.

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