Monde
Memorial, la mémoire persécutée

_**La Cour suprême russe a qualifié l’organisation de défense des droits humains d' »extrémiste », une décision qui ouvre la voie à des poursuites contre ses anciens membres et sympathisants.**_
Fondée à la fin de l’ère soviétique, l’association Memorial s’est consacrée pendant plus de trois décennies à la recherche historique sur les répressions politiques en URSS. Son travail de documentation des victimes et des mécanismes de la terreur stalinienne lui a valu une reconnaissance internationale, couronnée par l’obtention du prix Nobel de la paix en 2022. Au fil des ans, son champ d’action s’est élargi au suivi des violations des droits fondamentaux dans la Russie contemporaine, notamment dans le contexte des conflits en Tchétchénie.
Cette activité a régulièrement suscité l’hostilité des autorités. Dès 2015, l’organisation a été inscrite sur la liste des « agents de l’étranger », un statut contraignant assorti de lourdes obligations administratives. En 2021, un tribunal moscovite a prononcé sa dissolution pour non-respect de cette législation, un verdict confirmé en appel. Les procureurs avaient alors accusé Memorial de diffuser une « image fausse » de l’Union soviétique et de chercher à « réhabiliter des criminels nazis ».
La décision de la Cour suprême, rendue publique ce jeudi, marque une escalade significative. En classant l’ensemble du mouvement Memorial comme « organisation extrémiste », la justice facilite considérablement les poursuites pénales contre toute personne ayant conservé des liens, même informels, avec ses structures. Cette qualification permet d’envisager des peines d’emprisonnement pour ses collaborateurs passés ou présents.
Le parcours de l’organisation est émaillé d’épreuves. Plusieurs de ses membres ont fait l’objet d’intimidations, de perquisitions ou de condamnations. L’historien Iouri Dmitriev, spécialiste des exécutions staliniennes, purge une longue peine de prison. En 2009, Natalia Estemirova, responsable de la branche tchétchène, avait été enlevée et assassinée.
Malgré la dissolution de ses entités légales en Russie, le réseau de Memorial poursuit une partie de ses activités depuis l’étranger, via des structures basées en Europe. Le pouvoir russe a récemment déclaré « indésirables » certaines de ces antennes, interdisant toute coopération avec elles sur le territoire national. Cette dernière décision judiciaire s’inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés et de réécriture du passé, où la figure de Joseph Staline tend à être réhabilitée au nom d’un récit national glorifié.

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