Société
Ushuaïa sous haute surveillance : la chasse aux rongeurs porteurs de l’hantavirus s’organise


Une équipe de biologistes déploie des pièges en Terre de Feu pour déterminer si des rongeurs locaux sont porteurs du virus, après la contamination de passagers à bord d’un navire de croisière parti d’Ushuaïa.
Une mission scientifique débute cette semaine en Terre de Feu pour traquer d’éventuels rongeurs vecteurs d’hantavirus. Cette initiative fait suite à l’apparition d’un foyer infectieux à bord du navire Hondius, qui a déjà causé trois décès. Le premier patient, un ressortissant néerlandais, avait passé deux jours à Ushuaïa avant d’embarquer le 1er avril. Les autorités locales rejettent fermement l’hypothèse d’une contamination sur place.
Pendant plusieurs jours, des chercheurs venus de Buenos Aires installeront des cages en divers points de l’archipel. Ils analyseront ensuite les rongeurs capturés pour savoir s’ils sont porteurs de la souche Andes du virus, une variante transmissible entre humains. Cette souche n’a jamais été détectée officiellement en Terre de Feu, contrairement à des provinces andines plus septentrionales comme Rio Negro ou Chubut.
Le débat scientifique porte sur l’espèce de rongeur présente dans la région. Il pourrait s’agir du rat à longue queue, ou colilargo, ou d’une sous-espèce locale, le colilargo de Magellan. La distinction importe moins que la question centrale : ces animaux sont-ils infectés par l’hantavirus ? Juan Petrina, responsable épidémiologique de la province, rappelle que l’important est de déterminer si l’un d’eux est porteur du virus.
Les autorités provinciales insistent sur l’absence totale de cas d’hantavirus depuis trente ans dans la région, soit depuis que la déclaration est obligatoire. Aucun cas antérieur n’a été recensé, affirment les scientifiques locaux. Le colilargo, un petit rongeur nocturne mesurant six à huit centimètres avec une queue pouvant atteindre quinze centimètres, vit dans les zones boisées et se nourrit de fruits et de graines.
Les chercheurs de l’institut Malbran, référence argentine en infectiologie, poseront leurs pièges le soir et les relèveront au matin. Le Parc national de la Terre de Feu, vaste de soixante-dix mille hectares à quinze kilomètres d’Ushuaïa, constitue une zone d’étude privilégiée. Une autre zone boisée, située à proximité d’une décharge, sera également inspectée. En revanche, la décharge elle-même ne sera pas explorée. Les rongeurs qui y vivent sont des espèces urbaines, non susceptibles de transmettre l’hantavirus, précise Juan Petrina. Des informations non confirmées avaient suggéré que le patient néerlandais, passionné d’ornithologie, s’y était rendu pour observer des charognards.
Les résultats des analyses devraient être disponibles dans un délai de quatre semaines. Les scientifiques locaux accueillent cette mission avec intérêt. Guillermo DeFerrari, biologiste au Centre austral d’investigations scientifiques, y voit une occasion d’évaluer avec plus de certitude la dangerosité potentielle des rongeurs locaux. Son collègue Sebastian Poljak, spécialiste des mammifères, estime que cette étude permettra d’écarter définitivement l’idée d’une présence du virus dans la région.
La Terre de Feu est un archipel séparé du continent par le détroit de Magellan, une barrière géographique majeure pour les espèces animales. Les populations de rongeurs y présentent un degré d’isolement important. Les scientifiques privilégient donc l’hypothèse d’une contamination du patient néerlandais dans une autre région. Le couple avait parcouru l’Argentine pendant quatre mois, avec des incursions au Chili et en Uruguay, deux pays où l’hantavirus est présent.
Les autorités locales espèrent que les résultats de la mission mettront fin aux spéculations. L’enjeu est également économique : Ushuaïa vit actuellement au ralenti en ce début d’hiver, mais les croisières, qui s’étendent de septembre à avril, attirent jusqu’à deux cent mille visiteurs par an. Le secrétaire de l’Institut de tourisme de Terre de Feu, Juan Manuel Pavlov, exprime son souhait de voir cette affaire ne pas prendre davantage d’ampleur.





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