Économie
Stellantis mise sur la Chine pour relancer sa machine industrielle
Le constructeur italo-franco-américain dévoilera jeudi son plan de redressement, articulé autour d’alliances stratégiques avec des partenaires chinois et d’une refonte de sa gamme de marques.
Après deux années de repli marquées par une érosion de ses parts de marché en Europe et aux États-Unis, Stellantis s’apprête à dévoiler une feuille de route destinée à inverser la tendance. Le groupe, né de la fusion entre PSA, Fiat et Chrysler en 2021, a vu sa position s’affaiblir sous la direction de Carlos Tavares, passant de 22 % à 16 % des ventes en Europe élargie et de 11,6 % à 8,2 % outre-Atlantique entre 2021 et 2025. Le cours de l’action a chuté de douze à six euros, tandis que des problèmes techniques récurrents, notamment sur les moteurs PureTech et les airbags Takata, ont entamé la confiance des investisseurs.
Antonio Filosa, nommé directeur général en juin 2025, a déjà engagé une vaste restructuration industrielle dès février. La production de véhicules électriques aux États-Unis a été réduite au profit de modèles équipés de moteurs thermiques V8, une décision qui a nécessité 25 milliards d’euros de provisions et pesé lourdement sur les comptes de l’exercice 2025. Le dirigeant mise désormais sur des alliances solides avec des constructeurs chinois pour accélérer la modernisation technologique, optimiser les chaînes d’approvisionnement et mieux utiliser les capacités de production existantes.
Deux accords majeurs ont récemment été conclus. Le premier avec Leapmotor prévoit la fabrication de plusieurs modèles dans les usines Stellantis de Madrid et Saragosse. Un véhicule Opel utilisant la technologie du partenaire chinois pourrait également sortir des chaînes espagnoles. Stellantis envisage même de céder son site madrilène à la coentreprise détenue à 51 % par le groupe et à 49 % par Leapmotor, une opération qui équivaudrait à une cession partielle. Le second partenariat, annoncé vendredi, concerne Dongfeng, allié historique de longue date. Les deux groupes investiront à Wuhan pour produire des Peugeot et des Jeep destinés aux marchés internationaux. Selon certaines informations, Stellantis réfléchirait également à partager ou à vendre à Dongfeng son usine Citroën de La Janais, près de Rennes, ainsi que deux autres sites à Cassino en Italie et en Allemagne, sans confirmation officielle pour l’heure.
Cette stratégie pourrait éviter des fermetures d’usines en Europe tout en offrant aux marques chinoises un point d’ancrage sur le continent, où elles représentent déjà 10 % des ventes selon le cabinet Dataforce. Parallèlement, Stellantis entend recentrer ses efforts sur quatre marques phares Jeep, Ram, Peugeot et Fiat, reléguant les autres comme Opel, Citroën ou Chrysler au rang de marques locales.
Le 21 mai, lors d’une journée investisseurs à Auburn Hills près de Detroit, Antonio Filosa dévoilera son plan stratégique. Il devra convaincre de la capacité du groupe à renouer avec la croissance, alors que de nouvelles réductions de coûts sont attendues, notamment après l’arrêt de la production automobile sur le site historique de Poissy. La banque d’investissement italienne Equita salue une orientation jugée correcte mais estime que de nombreux points restent à clarifier. Bank of America souligne que le rebond américain repose largement sur les moteurs V8 et que le marché européen demeure atone, avec des marques chinoises proposant des véhicules électriques environ 5 % moins chers et des hybrides rechargeables 30 % moins onéreux. Oddo se montre prudent, estimant que l’Europe reste la région la plus difficile à redresser en raison de la pression réglementaire, d’une compétitivité insuffisante et d’une rentabilité déjà dégradée. Pour Michael Foundoukidis, expert automobile chez Oddo, les partenariats chinois ne sauraient constituer à eux seuls une réponse suffisante.
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