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Un plein à 25 euros, des garages débordés et un bilan écologique qui fâche

Vendu autour de 0,89 euro le litre, le Superéthanol E85 attire de plus en plus de conducteurs désireux d’alléger leurs dépenses d’essence. Derrière…

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Un plein à 25 euros, des garages débordés et un bilan écologique qui fâche

Vendu autour de 0,89 euro le litre, le Superéthanol E85 attire de plus en plus de conducteurs désireux d’alléger leurs dépenses d’essence. Derrière l’aubaine pour le portefeuille, le bénéfice pour la planète reste très contesté.

Julien Landreau fait le compte chaque fois qu’il s’arrête à la pompe. Depuis qu’il a fait transformer sa petite Kia, cet infirmier scolaire marseillais de 44 ans remplit son réservoir pour 25 à 30 euros. Avec de l’essence classique, la note aurait grimpé à plus du double. Deux mois après la conversion, il ne regrette rien et se range sans hésiter parmi les convaincus d’une technologie qui gagne du terrain.

Le Superéthanol E85, mélange d’essence sans plomb et de bioéthanol, échappe à cette flambée des prix. Élaboré surtout à partir de betterave ou de céréales, il s’affiche autour de 0,89 euro le litre, quand le SP95-E10, le carburant le plus vendu en France, dépasse les 2,17 euros. Un écart qui pousse de nombreux automobilistes à solliciter leur garagiste pour faire adapter leur véhicule.

Dans le centre de Marseille, Nicolas Greco a vu la demande quadrupler en un an. À 31 ans, ce cogérant de garage croule sous les rendez-vous. Son confrère Matthieu Vales, casquette vissée sur la tête, a lui aussi commencé les installations en juin et constate un doublement des sollicitations. Le travail exige de la précision. Après un diagnostic du véhicule, il faut repérer les injecteurs, fixer le petit boîtier dans le compartiment moteur et le raccorder correctement.

Côté budget, la conversion peut rapporter gros. Le dispositif coûte jusqu’à mille euros grand maximum, parfois cinq cents avec des promotions, et ne concerne que les motorisations essence. Son intérêt dépend aussi de l’âge du véhicule et des kilomètres affichés au compteur. Pour convertir une voiture en toute légalité, le garagiste doit être homologué, et le propriétaire doit faire modifier sa carte grise. Une fois l’opération bouclée, il roule avec un seul réservoir, alternant sans contrainte entre essence sans plomb et E85, qui compte de 65 à 85% de bioéthanol. La Région Sud a même choisi de verser 250 euros aux foyers les plus modestes pour les aider à franchir le pas.

Le marché reste pourtant loin d’exploser. Un peu plus de 400 000 personnes roulent à l’éthanol en France, sur quelque quinze millions de véhicules éligibles. Les économies atteindraient 841 euros pour 13 000 kilomètres parcourus, de quoi amortir l’installation en une petite année.

Le tableau se complique sérieusement sur le front environnemental. La betterave ne pèse que 5,8% des matières premières servant à fabriquer les agrocarburants consommés dans l’Hexagone. Le maïs et le blé, largement majoritaires, sont des cultures gourmandes en eau, en engrais azoté et en pesticides, et peu résilientes face au changement climatique. La production française ne suffisant pas, près de la moitié des volumes de bioessence consommés l’an dernier provenaient de matières premières agricoles étrangères. En tenant compte des émissions liées à l’importation, la baisse de CO2 par rapport à l’essence plafonnerait entre 10 et 40%. Pour certains, la vraie réponse climatique reste la voiture électrique, les biocarburants relevant davantage de la diversion.

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