Monde
Un jeune homme jugé à Hambourg pour manipulation en ligne de dizaines d’adolescents

Les faits, d’une gravité exceptionnelle, révèlent l’action à distance d’un individu soupçonné d’avoir incité des mineurs à des actes extrêmes, jusqu’au suicide. L’enquête met en lumière les défis posés par la criminalité numérique transnationale.
Un ressortissant germano-iranien âgé de vingt et un ans est désormais confronté à la justice allemande. Son procès s’est ouvert ce vendredi devant le tribunal régional de Hambourg, à huis clos, en raison de la minorité de l’intéressé au moment des premiers faits qui lui sont imputés. Placé en détention provisoire depuis le mois de juin, il doit répondre de plus de deux cents infractions, concernant une trentaine de victimes mineures réparties sur plusieurs continents.
Les investigations décrivent un système de prédation numérique sophistiqué. L’accusé, utilisant un pseudonyme, aurait exploité la vulnérabilité psychologique d’adolescents rencontrés sur internet. La méthode consistait à les amener progressivement à produire des contenus à caractère sexuel, puis à utiliser ces éléments pour les faire chanter et les contraindre à des actes de violence contre eux-mêmes ou contre des animaux. Ces agissements s’inscriraient dans le cadre d’un réseau informel en ligne, déjà identifié par les autorités judiciaires de plusieurs pays pour la diffusion de contenus ultra-violents et la promotion de ces pratiques de manipulation, désignées sous le terme de « cybergrooming ».
Le dossier d’accusation est particulièrement lourd. Les magistrats retiennent notamment la responsabilité de l’individu dans le suicide d’un adolescent de treize ans résidant aux États-Unis, acte qui aurait été diffusé en direct. Il est également soupçonné d’avoir joué un rôle dans cinq autres tentatives de meurtre à travers le monde. Les victimes identifiées à ce jour, âgées de onze à quinze ans, se trouvent en Allemagne, en Amérique du Nord et au Royaume-Uni.
L’ouverture de ce procès intervient après une enquête longue et complexe, dont la chronologie interroge. Les premiers signalements à l’encontre de l’intéressé, émanant d’une organisation américaine de protection de l’enfance, sont parvenus aux services de police de Hambourg dès l’été 2021. Pourtant, son interpellation n’est intervenue que près de deux ans plus tard. Les autorités locales invoquent la nature internationale du dossier, la difficulté d’identifier des victimes et des complices présumés disséminés à l’étranger, ainsi que le temps nécessaire à l’expertise approfondie des nombreux supports informatiques saisis.
La défense, quant à elle, conteste fermement les qualifications les plus graves, notamment celle de meurtre. L’avocate de l’accusé a annoncé son intention de recentrer les débats sur les responsabilités des plateformes numériques, dont le cadre réglementaire, selon elle, permettrait aux prédateurs d’évoluer en relative impunité. Le tribunal a prévu une instruction très détaillée, avec plus de quatre-vingts jours d’audience jusqu’à la fin de l’année, témoignant de l’ampleur et de la complexité technique de cette affaire.

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