Culture
Un concert géant en Croatie ravive les polémiques sur l’héritage fasciste

Près d’un demi-million de spectateurs ont assisté à un show controversé marqué par des symboles et slogans liés au régime oustachi, suscitant une vague de condamnations.
L’immense rassemblement musical organisé à Zagreb ce week-end a provoqué un tollé bien au-delà des frontières croates. Le chanteur Marko Perkovic, alias Thompson, icône controversée de la scène folk-rock locale, a attiré près de 450 000 personnes lors d’une performance où se sont multipliés les références à l’idéologie d’extrême droite. Des slogans et emblèmes associés au mouvement oustachi, collaborationniste durant la Seconde Guerre mondiale, ont été brandis en masse par le public, déclenchant une vive polémique.
Artiste interdit dans plusieurs pays pour ses prises de position, Thompson cultive depuis les années 1990 une image de chantre du nationalisme croate, mêlant hymnes patriotiques et références aux conflits balkaniques. Son tube « Za Dom – Spremni », repris en chœur par la foule, reprend le salut utilisé jadis par les milices ultranationalistes. Une partie des spectateurs arborait des tee-shirts floqués de ce slogan, tandis que des responsables gouvernementaux, dont le Premier ministre Andrej Plenkovic, assistaient aux répétitions, alimentant les critiques.
L’opposition et des associations de défense des droits humains ont dénoncé un événement « scandaleux », qualifiant ce rassemblement de « plus grande apologie du fascisme en Europe depuis 1945 ». Les détracteurs pointent une banalisation inquiétante des symboles liés au régime oustachi, responsable de l’extermination de milliers de Serbes, Juifs et Roms durant l’Occupation. Malgré les condamnations, le ministre de l’Intérieur a refusé de stigmatiser les participants, estimant disproportionné de les assimiler à des extrémistes.
Ce concert relance le débat sur la mémoire historique en Croatie, où la réhabilitation discrète de certaines figures collaborationnistes divise la société. Alors que le pays siège au sein de l’Union européenne, cette tolérance envers des références ouvertement fascistes interroge sur les limites entre patrimoine culturel et révisionnisme. Les organisations antiracistes appellent à une clarification des autorités, rappelant l’incompatibilité de ces manifestations avec les valeurs européennes.

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