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Un bébé sans prénom parce que l’État n’aime pas son nom
Au Tadjikistan, des parents se heurtent à un obstacle inattendu pour déclarer leur enfant : le prénom choisi doit passer par une liste officielle.…


Au Tadjikistan, des parents se heurtent à un obstacle inattendu pour déclarer leur enfant : le prénom choisi doit passer par une liste officielle. Résultat, certaines familles se retrouvent bloquées pendant des mois.
Quand Chakhnoza Nazarova a donné naissance à sa petite fille, elle pensait que déclarer son prénom serait une simple formalité. Elle avait choisi Dounyo, un nom qui lui tenait à cœur. Mais l’administration locale a refusé net. Le motif invoqué est pourtant simple : Dounyo ne figure pas sur la liste des prénoms autorisés par le Comité de la langue et de la terminologie. Cette liste, mise à jour en février, ne compte que 3 461 prénoms jugés conformes à la culture tadjiko-persane. L’objectif affiché est clair : lutter contre l’influence de l’islam radical et s’éloigner de l’héritage russe. Pour Chakhnoza, le cauchemar administratif ne fait que commencer. Personne ne sait lui dire comment faire accepter un prénom absent de cette liste. Le ministère de la Justice la renvoie vers le Comité, qui lui-même ne donne aucune marche à suivre. Un mois après la naissance, son bébé n’a toujours pas d’état civil officiel.
Même situation pour Gourdovarid Mamadjonova, enceinte de son deuxième enfant. Elle aimerait appeler sa fille Yassmina. Mais ce prénom n’est pas dans la nouvelle liste. La version tadjike proposée est Yossouman ou Yossamin. À 27 ans, cette future mère hésite encore entre changer de prénom ou se plier aux versions imposées. Derrière ces histoires individuelles, c’est toute une politique identitaire qui se joue. Le président Emomali Rakhmon, au pouvoir depuis 1992, mène une campagne de redéfinition de la nation tadjike. Il contrôle l’islam de près, bannit le voile pour les femmes et interdit la barbe longue aux jeunes hommes. En 2019, il déclarait qu’il était « absolument inacceptable de glorifier l’étranger dans le choix des prénoms », estimant que cela éloigne les générations futures de leurs racines.
Cette politique va bien au-delà des prénoms. En 2007, le président lui-même a supprimé le suffixe russe « ov » de son nom de famille. Depuis 2016, tous les enfants nés au Tadjikistan doivent porter un nom de famille sans cette terminaison. Mais la réalité est plus complexe. De nombreux Tadjiks travaillent en Russie, pays dont l’économie locale dépend fortement. Prendre un nom sans « ov » peut compliquer les démarches pour obtenir un visa ou un titre de séjour. Alicher Roustamov, un migrant tadjik, voulait changer son nom de famille par patriotisme. Mais il a finalement renoncé, jugeant la procédure trop coûteuse et compliquée. Au final, le choix d’un prénom ou d’un nom devient un enjeu politique, identitaire et même pratique. Pour les familles comme celle de Chakhnoza, la liberté de nommer son enfant se heurte à une administration tatillonne, sans mode d’emploi. Et tant que le prénom Dounyo n’entrera pas dans la liste officielle, son bébé restera sans identité légale.





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