Économie
Stellantis et Leapmotor : un partenariat industriel inédit en Europe

Le groupe automobile franco-italo-américain Stellantis envisage de confier la production de véhicules de son allié chinois Leapmotor à deux de ses sites espagnols, une première sur le continent.
Le constructeur a officialisé vendredi son projet de renforcer sa collaboration avec le groupe chinois Leapmotor. L’accord prévoit l’assemblage de modèles Leapmotor dans deux usines Stellantis situées en Espagne, ainsi que la coproduction d’un SUV de la marque Opel. Dans le cadre de cette opération, Stellantis pourrait également céder une participation dans son site de Madrid à la coentreprise formée avec Leapmotor.
Cette cession partielle d’une installation européenne à un acteur chinois serait inédite sur le Vieux Continent, où les chaînes d’assemblage tournent en moyenne à la moitié de leur capacité. D’autres groupes, comme Volkswagen en Allemagne ou Ford en Espagne, étudient des solutions analogues, alors que plusieurs constructeurs chinois cherchent à implanter une production locale pour contourner les droits de douane européens.
Selon le plan dévoilé, Leapmotor assemblerait son modèle B10 dès 2026 dans l’usine Stellantis de Saragosse, dans le nord-est de l’Espagne. Un SUV de la marque Opel serait également fabriqué sur ce site, fruit d’une coopération entre les deux groupes. Par ailleurs, un ou plusieurs modèles Leapmotor seraient produits dans l’usine madrilène de Villaverde, dont Stellantis étudie la cession à sa coentreprise, détenue à 51 % par Stellantis et à 49 % par Leapmotor.
À partir de 2028, Leapmotor assemblerait à Madrid un véhicule destiné aux marchés européens et mondiaux. Stellantis précise que cette production respecterait les normes du « Made in Europe », ce qui impliquerait l’intégration de composants locaux pour échapper aux taxes européennes sur les voitures électriques chinoises importées. Cette évolution intervient alors que la production de la Citroën C4 doit cesser sur ce site, une décision qui s’inscrit dans la réorganisation industrielle du groupe, déjà marquée par l’arrêt de l’assemblage à Poissy, en région parisienne.
Le SUV Opel, 100 % électrique et destiné au segment C, serait développé en Allemagne avec des équipes internationales basées en Allemagne et en Chine. Il intégrerait des composants chinois issus de l’architecture électrique et de la technologie batterie de Leapmotor, réputés pour leur compétitivité. Cette collaboration permettrait de réduire le prix du véhicule pour les clients européens tout en accélérant sa mise sur le marché, avec un cycle de développement de moins de deux ans, soit le rythme dit « à la chinoise » que les constructeurs européens cherchent à adopter.
Stellantis présente Opel comme un pionnier de cette stratégie de coproduction. Ce véhicule commun serait le premier d’une série destinée à servir de modèle pour une collaboration mondiale efficace entre les deux groupes. Xavier Chéreau, président du conseil de surveillance d’Opel, a souligné que ce projet allierait l’excellence de l’ingénierie allemande à la rapidité de l’innovation technologique mondiale.
Plus largement, Stellantis entend développer les achats conjoints avec Leapmotor en s’appuyant sur l’écosystème chinois des véhicules à énergie nouvelle. L’objectif est d’améliorer la compétitivité des voitures électriques du groupe en Europe et d’accélérer le lancement de nouveaux modèles. En octobre 2023, Stellantis avait déjà acquis 20 % de Leapmotor et créé une coentreprise pour commercialiser les modèles de la marque chinoise à l’international. Cette structure compte désormais plus de 850 points de vente et de service en Europe et a expédié plus de 40 000 véhicules sur le continent en 2025, dont le modèle d’entrée de gamme T03.

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