Monde
Silwan, le quartier palestinien de Jérusalem-Est menacé par les pelleteuses
À Silwan, faubourg de Jérusalem-Est, plus de 2 000 Palestiniens risquent d’être expulsés de leurs habitations, rasées pour laisser place à l’extension d’un site archéologique israélien. Une situation que des organisations de défense des droits qualifient de l’une des plus vastes opérations de déplacement depuis 1967.
Yousra Qwaider, 97 ans, alitée dans la demeure qu’elle occupe depuis un demi-siècle, ne sait plus vers qui se tourner. Dans les prochains jours, les bulldozers de la municipalité de Jérusalem doivent raser son domicile, situé dans le secteur d’al-Boustan, au pied de la muraille sud de la Vieille Ville. « Je veux rester chez moi, je ne sais pas quoi faire », implore cette femme, qui vit avec douze membres de sa famille. Son fils, Mohammed, explique que la maison a été bâtie en 1970 sans permis de construire, une formalité quasi impossible à obtenir pour les résidents palestiniens de Jérusalem-Est. « Nous avons tout tenté pour régulariser notre situation, en vain », déplore-t-il.
Le quartier d’al-Boustan, dans le faubourg de Silwan, est le théâtre d’une intensification des démolitions depuis les événements du 7 octobre 2023. Selon l’ONG pacifiste israélienne Ir Amim, 54 habitations sur les 115 que compte le secteur ont déjà été détruites. L’organisation estime que la grande majorité des logements restants sont désormais menacés. Fakhri Abu Diab, figure de la contestation locale et dont la propre maison a été rasée en 2024, affirme que la municipalité prévoit d’achever ces destructions d’ici octobre. « Détruire des maisons et nous déplacer, c’est un crime de guerre. Nous n’avons nulle part où aller », lance-t-il, debout au milieu des gravats, lors d’une visite organisée pour des diplomates.
Ces opérations s’inscrivent dans le cadre du projet d’extension du complexe archéologique et touristique de la Cité de David, géré par l’association Elad, une organisation nationaliste qui milite pour le renforcement de la présence juive dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est. Si l’importance historique du site est reconnue, son association avec la cité du roi David est loin de faire l’unanimité parmi les spécialistes. Yonatan Mizrahi, de l’ONG anti-colonisation La Paix Maintenant, souligne que les découvertes archéologiques sont rares dans ce périmètre et que l’argumentaire d’Elad repose largement sur des références bibliques.
Le député arabe israélien Ahmed Tibi dénonce une volonté de « judaïsation de Silwan ». Il estime que les autorités israéliennes, depuis le 7 octobre, se sentent autorisées à aller plus loin. Laura Wharton, élue de l’opposition de gauche au conseil municipal de Jérusalem, dresse un constat amer : « L’habitant moyen de Silwan ne voit pas sa maison reconnue, n’a pas de permis de construire, pas d’endroit où se garer. Les principaux services qu’il reçoit sont ceux pour la démolition. » Elle observe qu’en vingt ou trente ans, aucune habitation de colon n’a jamais été détruite dans le secteur.
Omar Abou Rajab, 60 ans, s’apprête à raser lui-même sa maison pour éviter les frais exorbitants d’une intervention municipale. Désignant un chantier voisin, il lance : « Cet Israélien a le droit de construire, regardez, il est à cinquante mètres. Personne ne l’en empêche. Mais pour nous, c’est interdit. »
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