Économie
Savoie : la vaccination contre la dermatose bovine ne suffit pas à rassurer les éleveurs


Alors que la campagne de vaccination bat son plein, les agriculteurs savoyards redoutent toujours l’abattage systématique de leurs troupeaux en cas de contamination.
Dans les alpages savoyards, un vent d’inquiétude souffle sur les exploitations bovines. Depuis l’apparition fin juin du premier cas de dermatose nodulaire à Entrelacs, cette maladie virale non transmissible à l’homme mais extrêmement contagieuse entre bovins s’est rapidement propagée. À ce jour, vingt-sept foyers ont été identifiés entre la Savoie et la Haute-Savoie, déclenchant une réponse sanitaire drastique.
Les autorités ont en effet décrété l’abattage préventif de l’ensemble des cheptels où un animal serait contaminé. Une mesure qui suscite l’incompréhension chez de nombreux éleveurs, comme Benoît Mugnier, dont les trente vaches viennent d’être vaccinées. « Avec les insectes qui pullulent dans l’étable, la contamination semble inéluctable », confie-t-il, scrutant quotidiennement son troupeau. Le vaccin, bien que nécessaire, met trois semaines à devenir pleinement efficace – un délai qui laisse les animaux vulnérables.
À quelques kilomètres de là, Pierre-Jean Duchêne résiste farouchement à l’euthanasie de ses soixante-dix bêtes. Soutenu par des dizaines d’agriculteurs et d’habitants qui bloquent l’accès à sa ferme, il conteste le bien-fondé de cette mesure radicale. « Nos animaux sont confinés depuis trois semaines sans nouveau cas déclaré », plaide le jeune éleveur, dont l’exploitation produit lait à raclette et tomme. Les services vétérinaires, accusés de ne pas avoir anticipé cette épizootie déjà observée ailleurs en Europe, maintiennent pourtant leur position.
La tension reste palpable dans cette commune rurale où plusieurs cheptels ont déjà été sacrifiés. Claude Germain, 59 ans, a évité in extremis l’abattage de ses trente vaches grâce à un recours administratif, mais craint toujours la décision finale. « Recommencer ? Impossible », murmure l’agriculteur, pour qui ces bêtes représentent le travail de toute une vie.
Le ministère de l’Agriculture rappelle que cette maladie entraîne chute de production, lésions cutanées et mortalité dans 10% des cas. Face à ces enjeux sanitaires et économiques, le débat sur la stratégie à adopter divise jusqu’au monde agricole, partagé entre nécessité de protéger la filière et préservation du patrimoine génétique constitué sur des décennies.





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