Économie
Safra, fleuron français de l’hydrogène, entre souveraineté industrielle et convoitise chinoise

Le sort du constructeur albigeois, en redressement judiciaire, se joue ce mardi entre un repreneur chinois et une holding hexagonale, cristallisant les enjeux de préservation des savoir-faire nationaux.
Le tribunal de commerce d’Albi s’apprête à trancher ce mardi après-midi entre deux offres concurrentes pour la reprise de Safra, unique fabricant tricolore de bus et autocars à hydrogène. D’un côté, le géant chinois Wanrun, spécialisé dans les énergies vertes, propose de sauvegarder 120 emplois sur 169 et d’injecter 7 millions d’euros. De l’autre, la holding française TTH, active dans la rénovation ferroviaire, mise sur une croissance progressive avec 90 postes conservés à Albi et 40 transférés à Clermont-Ferrand.
L’éventuelle arrivée de l’investisseur asiatique suscite des résistances au nom de la souveraineté technologique. Élus locaux et syndicats redoutent un transfert de compétences stratégiques, alors que la filière hydrogène constitue un pivot de la transition écologique française. La CGT dénonce notamment un risque de « délocalisation virtuelle » des innovations, tandis que le député Philippe Bonnecarrère plaide pour une solution « industriellement cohérente ».
Pourtant, Wanrun dispose d’atouts indéniables avec ses capacités financières et son expertise en batteries. À l’inverse, TTH met en avant son carnet de commandes de 450 millions d’euros et un projet d’expansion à 200 salariés d’ici 2029. Les salariés, consultés, semblent majoritairement favorables à l’option française, perçue comme plus pérenne malgré des ambitions immédiates moins spectaculaires.
L’affaire révèle les tensions inhérentes aux reprises d’entreprises technologiques : entre urgence économique et préservation des intérêts nationaux, le cas Safra illustre les dilemmes de l’industrie hexagonale face à la mondialisation. La décision du tribunal pourrait faire jurisprudence pour d’autres dossiers sensibles.

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