Planète
Polluants éternels dans l’eau potable : l’épandage des boues industrielles en question


_**Dans plusieurs communes du Grand Est, l’eau du robinet est désormais interdite à la consommation. L’origine de cette contamination aux PFAS, des composés chimiques persistants, remonte à des décennies d’épandages agricoles de boues industrielles, une pratique encadrée par une réglementation aujourd’hui jugée insuffisante.**_
La qualité de l’eau potable est gravement compromise dans dix-huit localités des départements de la Meuse, des Ardennes et des Vosges. Les analyses ont révélé des concentrations en substances per- et polyfluoroalkylées, communément appelées PFAS, bien supérieures aux normes sanitaires en vigueur. Dans certaines zones, les seuils réglementaires sont dépassés de plus de vingt fois, contraignant les autorités à prononcer des interdictions de consommation.
Les investigations ont rapidement identifié la source probable de cette pollution diffuse. Aucune activité industrielle locale n’étant en cause, la piste s’est orientée vers l’épandage historique, sur des terres agricoles, de boues et de composts issus du traitement des eaux usées d’usines. En Meuse, les enquêtes pointent notamment une ancienne papeterie située à Stenay, dont les résidus ont été utilisés comme fertilisants pendant des années. Une partie de ces épandages a même eu lieu à proximité immédiate de zones de captage d’eau.
Face à cette situation, les élus locaux et les associations de défense de l’environnement se heurtent à un double écueil. D’une part, le cadre juridique apparaît défaillant. La réglementation en vigueur au moment des faits n’imposait pas de contrôle spécifique de la présence de PFAS dans les boues épandues, se focalisant sur d’autres paramètres comme les métaux lourds. Cette lacune rend complexe, voire impossible, la mise en œuvre du principe pollueur-payeur, les entreprises concernées pouvant arguer de leur conformité aux règles de l’époque.
D’autre part, un silence pesant entoure le dossier. Plusieurs sociétés mises en cause refusent de s’exprimer, tandis que des allégations font état de documents de suivi inexacts ou de pratiques douteuses, comme des enfouissements illicites. Les maires dénoncent également le manque de réactivité des autorités lorsqu’ils ont, par le passé, alerté sur les risques liés à ces épandages à proximité des sources d’eau potable.
Les conséquences pour les collectivités sont lourdes. Elles doivent désormais financer des travaux pour rétablir l’accès à une eau saine, par le raccordement à d’autres réseaux ou l’installation de systèmes de filtration complexes et onéreux. Dans l’intervalle, les habitants continuent de payer une facture d’eau pour un service qu’ils ne peuvent plus utiliser, obligés de se tourner vers l’eau en bouteille.
L’inquiétude sanitaire grandit parmi la population, face aux effets potentiels à long terme de l’exposition à ces composés, suspectés de favoriser certaines pathologies. Pour tenter de lever le voile, des élus ont fait analyser leur propre sang, révélant des taux de PFAS supérieurs aux valeurs de vigilance appliquées dans d’autres pays. L’absence de seuils officiels en France et la difficulté à mettre en place des études épidémiologiques sur de petits bassins de population alimentent un sentiment d’abandon, particulièrement en zone rurale.
Alors qu’une obligation généralisée de surveillance de vingt PFAS dans l’eau entre en vigueur, ce qui pourrait conduire à de nouvelles restrictions, le débat s’élargit sur la nécessité de renforcer la réglementation concernant l’utilisation agricole des boues urbaines et industrielles. Des voix s’élèvent pour dénoncer un retard français, alors que plusieurs pays européens ont, depuis longtemps, restreint ou interdit ces pratiques.





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