Nous rejoindre sur les réseaux

News

Nouvelle-Calédonie : un scrutin provincial fixé au 28 juin, la question du corps électoral divise toujours

Article

le

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé l’organisation des élections provinciales pour le 28 juin, assortie d’une ouverture partielle du corps électoral. Cette proposition, qui ne recueille l’adhésion d’aucune des délégations politiques de l’archipel, laisse planer une incertitude sur la tenue du scrutin.

En Nouvelle-Calédonie, les décisions venues de Paris peinent à trouver un écho favorable auprès des deux camps historiques. La suggestion formulée mercredi soir par le chef du gouvernement, visant à élargir modérément le droit de vote pour les prochaines élections provinciales, suscite un profond scepticisme à Nouméa. Après avoir consulté les représentants des différentes forces politiques calédoniennes, le Premier ministre a proposé d’intégrer au corps électoral les « natifs », soit environ 11 000 personnes nées sur le territoire mais ne remplissant pas les conditions actuelles, ainsi que les conjoints de Calédoniens, sans en préciser les modalités exactes.

Le système électoral en vigueur dans cet archipel du Pacifique sud, peuplé de 260 000 habitants, est gelé depuis 1998. Pour pouvoir voter, il faut justifier d’une arrivée avant cette date, attester de dix ans de résidence à ce moment-là, ou avoir un parent répondant à ces critères. Cette annonce n’a satisfait ni les indépendantistes ni les non-indépendantistes. L’indépendantiste Emmanuel Tjibaou, figure du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), a déclaré être favorable à une ouverture du corps électoral, mais uniquement dans le cadre d’un accord global sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. De son côté, le non-indépendantiste Nicolas Metzdorf a qualifié la décision de « mi-figue, mi-raisin », estimant qu’elle serait difficile à défendre auprès de ses partisans.

La sensibilité de ce dossier pour l’exécutif s’est illustrée par l’annulation du déplacement du Premier ministre à Toulouse, prévu jeudi après-midi. Matignon a justifié ce retour anticipé par la nécessité de travailler sur les suites des réunions consacrées à la Nouvelle-Calédonie. En 2024, une précédente tentative d’élargir le droit de vote à tous les résidents français justifiant de dix ans de présence sur l’archipel, sans accord local, avait provoqué plusieurs mois de violences. Ces troubles avaient fait 14 morts et causé plusieurs milliards d’euros de dégâts. Depuis, les discussions sur l’avenir politique du territoire stagnent. Le 2 avril dernier, l’Assemblée nationale avait rejeté le projet de loi constitutionnelle prévu par l’accord contesté de Bougival, qui visait à ouvrir le corps électoral et à repousser le scrutin à fin 2026. Faute de cette réforme, l’État doit organiser avant la fin juin ces élections, repoussées à trois reprises et initialement prévues en mai 2024.

Du côté non-indépendantiste, Nicolas Metzdorf a indiqué qu’il voterait en faveur de la proposition du Premier ministre, estimant que ce dernier avait mesuré ce qui était possible d’obtenir au regard des équilibres à l’Assemblée nationale. Cependant, d’autres voix dans son camp se sont élevées contre cette orientation. Gil Brial, premier vice-président de la province Sud et figure influente auprès des comités d’autodéfense constitués lors des émeutes de 2024, a dénoncé sur sa page Facebook une décision « injuste et inacceptable ». Dans le camp indépendantiste, l’accueil a également été glacial. Emmanuel Tjibaou, tout en réaffirmant que son parti était favorable à l’intégration des natifs, a souligné la méfiance persistante envers le gouvernement. Il s’est interrogé sur la possibilité d’une nouvelle réforme élargissant encore davantage le corps électoral en cas d’échec, et sans l’accord global réclamé. Le FLNKS, dans un communiqué, a appelé « l’ensemble des électeurs à se mobiliser massivement » dans les urnes.

Ces propositions devront être traduites dans une loi organique, dont l’adoption nécessitera un vote. Les positions du Parti socialiste et du Rassemblement national seront déterminantes pour l’issue de ce texte. En cas de rejet, le scrutin du 28 juin devra se tenir avec le corps électoral actuel, sans modification.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus