Politique
Le portrait présidentiel reste au placard à Saint-Denis

Le maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, maintient sa décision de ne pas exposer le portrait d’Emmanuel Macron dans son bureau, malgré l’injonction du préfet de Seine-Saint-Denis. Une position qu’il justifie par l’attitude de l’État envers les habitants de son territoire.
Le premier magistrat de la deuxième ville la plus peuplée d’Île-de-France a indiqué mercredi à l’Agence France-Presse que l’effigie du chef de l’État demeurerait absente de son espace de travail. Cette déclaration faisait suite à un courrier du préfet Julien Charles, adressé mardi au nouvel édile de Saint-Denis-Pierrefitte, commune de 150 000 habitants.
Dans sa missive rendue publique sur le réseau social X, le représentant de l’État rappelait que si l’affichage du portrait présidentiel dans les mairies ne constitue pas une obligation légale, il s’inscrit dans un usage républicain bien établi. Le préfet estimait que cette tradition vise à rassembler les citoyens autour des institutions, par-delà les clivages politiques, et invitait M. Bagayoko à revenir sur sa position.
L’élu a opposé une fin de non-recevoir à cette requête. Il a souligné que le préfet lui-même reconnaissait l’absence de fondement légal à son injonction, ajoutant que sa démarche s’inscrivait dans une parfaite légalité. Le portrait restera donc décroché tant que l’État ne remplira pas, selon lui, ses obligations dans le cadre du pacte républicain envers les habitants du territoire.
Dès le mois d’avril, des observateurs avaient constaté que le portrait présidentiel, retiré du mur, avait été placé dans un coin du bureau du nouveau maire. Dans une interview diffusée lundi sur une chaîne d’information, M. Bagayoko avait expliqué qu’il maintiendrait cette situation tant que la République ne serait pas en mesure de corriger les inégalités. Il disait attendre l’échéance de 2027 et l’arrivée d’un nouveau président, évoquant le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.
L’élu a également exprimé son étonnement face à ce qu’il perçoit comme une mobilisation sélective de la préfecture. Il a rappelé que depuis le début de son mandat, l’administration s’était déjà opposée à un arrêté anti-expulsion, tout en restant silencieuse sur les urgences sociales. La préfecture avait en effet saisi le tribunal administratif de Montreuil début avril pour faire suspendre cet arrêté, jugé non conforme à la loi. Le juge des référés avait suspendu la mesure le 14 avril, estimant que le maire n’était pas compétent pour s’opposer à des expulsions décidées par l’autorité judiciaire.
Cette affaire rappelle d’autres précédents où des militants écologistes ont été poursuivis pour avoir décroché des portraits du président Macron, dénonçant l’inaction climatique de l’État. Certains ont été condamnés pour vol, tandis que d’autres ont été relaxés au nom de la liberté d’expression.

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