Monde
La Biennale de Venise secouée par les contestations autour du retour de la Russie
Entre manifestations virulentes et menaces de sanctions européennes, la participation russe à la plus prestigieuse exposition d’art contemporain suscite une vive polémique.
Le pavillon russe de la Biennale de Venise est devenu mercredi l’épicentre des protestations contre le retour de Moscou à cet événement artistique de renommée mondiale, dont la Russie était absente depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022. Des membres du collectif Pussy Riot et du groupe féministe Femen ont mené une action conjointe inédite devant le bâtiment, certains arborant des cagoules roses ou dévoilant leur poitrine pour attirer l’attention des médias présents.
Inna Shevchenko, figure emblématique des Femen, a déclaré aux journalistes que cette mobilisation visait à rappeler que la seule expression culturelle russe aujourd’hui était teintée de sang. Elle a ajouté que le pavillon reposait symboliquement sur des charniers ukrainiens. Plus tard dans la journée, une dizaine de manifestants polonais, dont plusieurs artistes, se sont rassemblés devant l’édifice vert datant de 1914 en scandant des slogans dénonçant la Russie comme un État terroriste et en déployant une banderole réclamant l’arrêt des financements européens pour la Biennale.
Un important dispositif policier a été déployé autour du pavillon, dont les accès ont été temporairement fermés à plusieurs reprises en raison des manifestations. La participation de la Russie à cette exposition biennale, annoncée début mars, a provoqué un tollé général, notamment au sein du gouvernement italien et de l’Union européenne, qui a menacé de retirer une subvention de deux millions d’euros accordée à l’institution.
Le jury de la Biennale a démissionné en bloc jeudi après avoir annoncé son intention d’exclure la Russie et Israël du palmarès, invoquant les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre contre les dirigeants de ces pays. Le pavillon russe restera fermé pendant toute la durée de l’ouverture au public, du 9 mai au 22 novembre, car son ouverture nécessiterait une autorisation contraire aux sanctions européennes. Cependant, des performances musicales y sont enregistrées jusqu’à vendredi pour les journées réservées à la presse, considérées comme un événement privé, et seront diffusées sur des écrans géants à l’extérieur.
L’ambassadeur de Russie en Italie, Alexeï Paramonov, présent dans le pavillon lors de la manifestation, a dénoncé sur Facebook ce qu’il a qualifié d’obsession irrationnelle de l’Union européenne à frapper la culture et l’art russes par des restrictions. Le président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, a défendu la participation russe lors d’une conférence de presse, affirmant que l’institution ne pouvait pas fermer ni boycotter comme réponse automatique. Il a souligné que la Biennale était un lieu de rencontre mondiale, particulièrement nécessaire lorsque le monde est divisé.
Une centaine de manifestants pro-palestiniens se sont également rassemblés devant le pavillon israélien, scandant des slogans contre Israël et brandissant une banderole dénonçant ce qu’ils considèrent comme un blanchiment artistique du génocide. En 2022, après l’invasion de l’Ukraine, les artistes et commissaires du pavillon russe s’étaient retirés de la Biennale en signe de protestation, et la Russie n’avait pas été invitée en 2024.
Buttafuoco a insisté sur le caractère autonome de la Biennale, qui dialogue avec les pays participants de manière indépendante. Il a rappelé que les cent nations représentées cette année sont officiellement reconnues par l’Italie comme des États souverains, estimant qu’il n’y avait pas de place pour des jugements éthiques, politiques ou moraux. La Commission européenne a exprimé un avis divergent mi-avril, jugeant que les événements culturels financés par les contribuables européens devaient préserver les valeurs démocratiques, des principes non respectés dans la Russie actuelle. L’UE a récemment écrit au gouvernement italien pour demander des éclaircissements sur les conditions d’accueil de la délégation russe, craignant une violation des sanctions.
Le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, a dès le départ exprimé l’opposition de Rome à la participation russe et a annoncé qu’il ne se rendrait pas à Venise. Après la démission du jury, les organisateurs ont reporté la cérémonie de remise des prix du 9 mai au 22 novembre, dernier jour de l’ouverture au public. Deux prix seront décernés, dont l’un pourra être remporté par n’importe quel pays participant, y compris la Russie. Buttafuoco a conclu en affirmant que la Biennale n’était pas un tribunal et que, dans ses jardins, l’Ukraine et la Russie étaient présentes côte à côte, car à Venise, on ne prenait pas les armes.
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