Politique
Macron lève le voile sur les violences coloniales françaises au Cameroun

Le président français reconnaît officiellement le caractère guerrier des opérations menées par Paris durant la décolonisation, marquant une étape décisive dans le travail de mémoire.
Emmanuel Macron a franchi un pas historique en admettant que la France avait engagé des actions militaires au Cameroun contre les mouvements indépendantistes avant et après 1960. Cette reconnaissance, formulée dans une lettre adressée à son homologue Paul Biya, rompt avec le silence officiel qui prévalait jusqu’alors sur cette période. Le chef de l’État s’appuie sur les conclusions d’un rapport d’historiens remis en début d’année, établissant sans ambiguïté la nature répressive des interventions françaises.
Les travaux de la commission mixte franco-camerounaise, lancés en 2022, ont permis d’éclairer les méthodes employées par les autorités coloniales, qualifiées désormais de « guerre ». Les violences, qui se sont prolongées après l’indépendance avec le soutien de Paris aux nouvelles autorités locales, auraient causé des dizaines de milliers de victimes. Le document souligne également la continuité entre l’ère coloniale et le régime autocratique d’Ahmadou Ahidjo, soutenu par la France.
Si cette démarche vise à apaiser les relations entre les deux pays, elle ne mentionne pas la question des réparations, réclamée par certaines voix camerounaises. D’anciens combattants indépendantistes, tout en saluant la reconnaissance des faits, estiment que des compensations matérielles seraient nécessaires pour tourner définitivement la page.
Le président français a par ailleurs promis de faciliter l’accès aux archives françaises afin de poursuivre les recherches. Certains épisodes emblématiques, comme les opérations ayant conduit à la mort de plusieurs leaders indépendantistes, sont explicitement cités. En revanche, des zones d’ombre subsistent, notamment concernant l’assassinat de l’opposant Félix-Roland Moumié, sur lequel les investigations n’ont pas permis d’établir de responsabilités claires.
Cette initiative s’inscrit dans la politique mémorielle engagée par Emmanuel Macron, après des travaux similaires sur le Rwanda et l’Algérie. Elle intervient dans un contexte politique camerounais tendu, à l’approche d’une élection présidentielle où Paul Biya, au pouvoir depuis près de quarante ans, brigue un nouveau mandat.

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