Culture
Les voix humaines face à l’IA : les doubleurs mexicains montent au créneau


Des professionnels de l’audiovisuel réclament une protection légale contre l’utilisation non consentie de leurs enregistrements vocaux par les intelligences artificielles.
Une mobilisation inédite a rassemblé dimanche dernier à Mexico des acteurs et techniciens du doublage. Ces professionnels exigent des mesures pour encadrer strictement l’exploitation de leurs voix par les systèmes d’intelligence artificielle. Leur principal cheval de bataille consiste à faire reconnaître la voix comme une donnée biométrique, ce qui en renforcerait la protection juridique.
Parmi les manifestants, Lili Barba, présidente d’une association professionnelle et voix officielle de Daisy Duck au Mexique, a dénoncé un récent cas d’utilisation frauduleuse. L’Institut National Electoral aurait diffusé sur TikTok un message utilisant la voix du célèbre doubleur Jose Lavat sans autorisation préalable, selon plusieurs médias locaux. Cette affaire illustre selon elle les dérives possibles en l’absence de cadre législatif adapté.
Le secteur du doublage redoute de subir le même sort que les acteurs hollywoodiens, qui avaient fait de la régulation de l’IA une revendication centrale lors des grèves de 2023. Harumi Nishizawa, doubleuse expérimentée, met en garde contre la disparition progressive de son métier si aucune protection n’est instaurée. Elle souligne l’irremplaçable dimension artistique du travail vocal, qui nécessite une interprétation subtile des émotions et des expressions faciales des comédiens.
Les plateformes numériques accélèrent pourtant l’adoption de ces technologies. Amazon Prime Video expérimente actuellement un système de doublage assisté par IA, tandis que des entreprises comme la sud-coréenne CJ ENM développent des solutions intégrant voix synthétiques et personnages en 3D.
Certains professionnels tempèrent cependant les craintes d’une substitution totale. Mario Heras, spécialiste du doublage pour jeux vidéo, estime que l’IA ne peut reproduire l’énergie et l’imperfection créative des interprètes humains. Pour lui, cette singularité artistique constitue la meilleure garantie contre le remplacement pur et simple des doubleurs par des algorithmes.
Cette mobilisation s’inscrit dans un débat mondial sur les limites éthiques de l’IA générative, après la polémique impliquant Scarlett Johansson et OpenAI l’an dernier. Le Mexique pourrait ainsi devenir un terrain d’observation important pour l’évolution des législations sur la propriété vocale à l’ère numérique.





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