Planète
Les pirates des Sundarbans rançonnent les pêcheurs bangladais en toute impunité
Dans l’immense mangrove des Sundarbans, au sud du Bangladesh, des bandes criminelles imposent leur loi aux pêcheurs, réclamant des rançons toujours plus élevées, tandis que les autorités peinent à enrayer le phénomène.
Ces hommes armés, que les habitants appellent les « pirates », inspirent une peur bien plus grande que celle des tigres du Bengale qui peuplent également cette région. Mandal, un pêcheur de crabes de 47 ans ayant requis l’anonymat par crainte de représailles, en a fait l’amère expérience. Il a été kidnappé et retenu prisonnier pendant près d’un mois avec ses compagnons. Son patron avait pourtant payé la redevance exigée par le groupe contrôlant la zone avant le départ de la campagne de pêche. Mais une bande rivale a attaqué leur bateau pendant la nuit. Les deux factions ont même échangé des tirs, et Mandal a dû se cacher dans un arbre pour survivre. Ce n’est qu’après vingt-sept jours de captivité et le versement d’une rançon de près de 280 euros qu’il a pu retrouver sa famille.
Le journaliste d’investigation Mohsin Ul Hakim étudie ces groupes criminels depuis plus d’une décennie. Il explique que certains sont des mercenaires recrutés par des négociants en poisson pour contrôler le marché lucratif des Sundarbans. Cette vaste zone marécageuse de plus de 177 000 hectares produit chaque année près de 29 000 tonnes de poisson, de quoi nourrir plus d’un million de personnes. À ces bandes organisées s’ajoutent des habitants de la jungle, souvent endettés, qui n’ont d’autre choix que de basculer dans l’illégalité. Selon le journaliste, beaucoup se retrouvent piégés et ne parviennent plus à s’extraire de ce système.
En 2009, le gouvernement de Dacca avait lancé une grande opération de nettoyage confiée au Bataillon d’action rapide, une unité controversée. Entre 2016 et 2018, les autorités avaient officiellement enregistré la reddition de 328 pirates. Mais ces criminels n’ont pas disparu. La police bangladaise recense aujourd’hui une dizaine de groupes actifs. Un pêcheur de l’île de Dublar Char, qui souhaite rester anonyme, affirme que certains de ces groupes sont composés des mêmes individus qui s’étaient soi-disant rendus. Il constate que les rançons augmentent, atteignant parfois jusqu’à 700 euros par pêcheur, et juge la présence des forces de l’ordre insuffisante.
Le major Shamsul Arefin, porte-parole des gardes-côtes, reconnaît que certains groupes ont proliféré après le chaos politique qui a renversé le gouvernement de Sheikh Hasina en 2024. Il assure néanmoins que les incidents restent isolés et évoque une centaine d’opérations menées, 56 pirates arrêtés et 78 armes saisies. Pourtant, un récolteur de miel qui tient à préserver son anonymat raconte avoir dû payer plus d’un millier de dollars et promettre dix kilos de miel à une bande pour pouvoir entrer dans la forêt le 1er avril.
Les agents du département des Forêts regrettent que la police ne suive pas la piste de l’argent extorqué pour démanteler ces réseaux. Ils s’inquiètent surtout des conséquences de ces activités sur l’équilibre écologique des Sundarbans. Imran Ahmed, conservateur régional des forêts, souligne que la piraterie pèse lourdement sur l’environnement. Certains groupes abattent régulièrement des cerfs, proies de prédilection des tigres, et n’hésitent pas non plus à tuer ces félins menacés.
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